dimanche, décembre 06, 2015

Le New York Times prend position pour le contrôle des armes dans un éditorial historique

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 Mise à jour le samedi 5 décembre 2015 à 15 h 37 HNE  Radio-Canada avec Agence France-Presse et New York Times
Édifice du « New York Times »
Édifice du « New York Times » (archives)  Photo :  PC/AP Photo/Richard Drew

Pour la première fois depuis 1920, le grand quotidien américain The New York Times a publié samedi un éditorial en une, appelant à « stopper l'épidémie des armes en Amérique ».
L'éditorial, non signé, s'en prend virulemment à « l'hypocrisie » des politiciens américains qui refusent depuis des années de réglementer la vente d'armes à feu dans le pays.
Le texte, mis en ligne vendredi soir et disponible dans la version papier de l'édition de samedi, est publié en réaction à la tuerie de San Bernardino qui a fait 14 morts et plus de 21 blessées mercredi. Il s'agit de la fusillade la plus meurtrière à survenir aux États-Unis en trois ans.
Le journal invite les Américains à diriger leur « attention et leur rage » vers leurs élus.
« Leur travail est d'assurer notre sécurité, et pourtant ils accordent plus d'importance à l'argent et au pouvoir d'une industrie qui profite de la diffusion à grande échelle d'armes de plus en plus meurtrières », poursuit l'éditorial.
Pour lire l'éditorial du New York Timescliquez ici.
Un « outrage moral et une disgrâce nationale »
Le New York Times appelle en outre dans son plaidoyer à ne pas se laisser bercer par les « discours haineux » des politiques qui « nous distraient avec leurs arguments sur le mot terrorisme » car « ces tueries de masses sont toutes, à leur manière, du terrorisme ».
Pour le journal, que des citoyens puissent légalement se procurer des armes lourdes tuant avec toujours plus de rapidité et d'efficacité est « un outrage moral, et une disgrâce nationale ».
Il préconise ainsi le retrait sans équivoque de la vente de certains types d'armes, comme les fusils d'assauts légèrement modifiés qui ont servi aux tueurs de San Bernardino.
Syed Farook et Tashfeen Malik, les tueurs de San Bernardino, s'étaient entre autres servis de fusils d'assaut de calibre 223, pour abattre leurs victimes. Ils possédaient également des pistolets semi-automatiques. Leur arsenal avait été acheté en toute légalité.
Des élus corrompus
Le quotidien américain déplore que les élus ne fassent rien, en dépit de la multiplication inquiétante des fusillades meurtrières aux États-Unis.
Si le président Barack Obama semble favorable à un contrôle renforcé, le Congrès contrôlé par les républicains s'est toujours montré réfractaire à une quelconque législation du port d'armes. En cause, le puissant lobby de l'industrie des armes, la National Rifle Association (NRA) qui finance les élus pour asseoir sa politique.
« Les politiciens encouragent ainsi les aspirants-tueurs en créant des marchés d'armes à feu pour eux, et les électeurs leur permettent de garder leur métier. »— Éditorial du New York Times

Le directeur du New York Times Arthur Sulzberger a justifié dans un communiqué la volonté du journal de « faire passer un message fort et visible empli de frustration et d'angoisse face à l'incapacité de notre pays à régler le fléau des armes à feu ».
Le New York Times n'avait pas publié d'éditorial en une depuis 1920, alors qu'il avait critiqué la nomination du républicain Warren Harding dans la course à la présidentielle.