mardi, décembre 15, 2015

Des tests pour les immigrants plus chers en français qu'en anglais

http://ici.radio-canada.ca/regions/ontario/

Exclusif - Radio-Canada a appris que le Commissaire aux langues officielles enquêtait sur le prix des tests de langues qui s'adressent aux immigrants.
Pour devenir résident permanent, il faut prouver qu'on maîtrise le français ou l'anglais, en réussissant, par exemple, un test reconnu par le gouvernement fédéral.
Or, cet examen est presque deux fois plus cher en français qu'en anglais, un écart de prix qui pousse des centaines d'immigrants francophones à passer le test en anglais.
Un dossier de Laurence MartinTwitterCourriel et de Valérie OuelletTwitterCourriel
Quand elle a commencé ses démarches afin d'obtenir sa résidence permanente, Amandine Girard s'est sentie pénalisée parce qu'elle était une immigrante francophone. 
Elle a appris qu'elle devait payer 440 $ pour passer le Test d'évaluation de français (TEF) à Toronto, alors qu'en anglais, les tests d'évaluation coûtaient 265 $ ou 309 $.
De plus, elle aurait dû attendre de six à huit semaines avant d'obtenir ses résultats d'examens en français, alors que les résultats des tests d'anglais sont transmis après deux semaines. 
Comme la majorité de ses amis immigrants, elle a choisi à contrecoeur de passer son test en anglais, même si ce n'est pas sa langue maternelle.
« Ce n'est pas normal que ce soit plus cher, c'est un peu discriminatoire. Est-ce que c'est pour inciter les gens à parler anglais ? »— Amandine Girard, Française établie à Toronto
Vérification faite, cet écart de prix s'observe presque partout au pays : le Test d'évaluation de français (TEF) coûte beaucoup plus cher que ses équivalents en anglais, par exemple, le Programme canadien d'évaluation des compétences linguistiques en anglais (CELPIP).
Selon notre analyse, il serait même moins cher pour les immigrants francophones de passer le même test à Buenos Aires ou Dakar qu'à Montréal ou Toronto.
Le Commissaire aux langues officielles nous a confirmé qu'il enquêtait sur ces tests, mais Graham Fraser n'a pas voulu nous accorder d'entrevue car son enquête est en cours. 
Les tests de langues au Québec : un cas particulier

Le Québec, qui a son propre processus de sélection des immigrants, accepte deux autres examens, en plus du TEF. 

Selon nos calculs, ces examens coûtent moins cher : le Test de connaissance du français (TCF) coûte en moyenne 313 $ et le Diplôme d'études en langue française (DELF-DALF), qui n'est offert que deux fois par an à l'Université McGill, coûte environ 170 $.  

De plus, contrairement au reste du Canada, le Québec accorde peu de points aux immigrants pour l'expression écrite en français. C'est plutôt l'expression orale qui compte. Bien des candidats au Québec ne passent donc que les épreuves orales des tests, ce qui leur revient moins cher.
Des examens conçus et corrigés en France
Tous ces examens de français, même ceux acceptés uniquement au Québec, sont conçus et corrigés en France, contrairement au test d'anglais CELPIP, qui est géré et corrigé par l'Université de la Colombie-Britannique.
Les centres d'examens au Canada, comme l'Alliance française de Toronto ou l'Université McGill à Montréal, ne font que superviser les tests et corriger certaines parties orales, selon le barème français.
Les tests doivent ensuite être envoyés en France pour compléter la correction, ce qui engendre des coûts postaux et qui explique, en partie, pourquoi les immigrants attendent leurs résultats trois fois plus longtemps.
Selon le directeur de l'Alliance Française de Toronto, le test d'anglais coûte moins cher parce que plus de candidats y sont inscrits.
« Il y a probablement une économie d'échelle. Quand il y a beaucoup de candidats qui passent un test, on peut faire des tarifs moins chers. »— Thierry Lasserre, directeur général de l'Alliance Française de Toronto
Selon lui, la seule façon de réduire les coûts serait de mettre en place une subvention gouvernementale.
Pourquoi pas de test canadien ou québécois ?
C'est la question que nous avons voulu poser au ministre de l'Immigration, John McCallum. Malgré plusieurs demandes répétées ces derniers jours, le ministre a refusé nos demandes d'entrevues.
« Le ministre n'est pas prêt à répondre à une question si pointue en début de mandat. »— Diane Laursen, porte-parole du ministre de l'Immigration.
Le ministère québécois de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion affirme pour sa part « qu'aucun fournisseur au Québec n'est en mesure, pour l'instant, de respecter ses critères afin de concevoir un test d'évaluation de français québécois ».
Difficile de savoir combien d'immigrants francophones au pays se sont tournés vers les tests d'anglais comme l'a fait Amandine Girard. Selon l'entreprise Paragon, qui corrige le Programme canadien d'évaluation des compétences linguistiques en anglais (CELPIP), 443 candidats ayant le français comme langue maternelle ont passé leur test en anglais en 2015.
Avec la collaboration d'Alain-Julien Godbout.