vendredi, novembre 20, 2015

Six Québécois sur dix disent non aux réfugiés

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Publié le 20 novembre 2015 à 05h00 | Mis à jour à 06h27
33% des gens croient qu'il faut accueillir moins... (PHOTO BULENT KILIC, AFP)
PHOTO BULENT KILIC, AFP

33% des gens croient qu'il faut accueillir moins de réfugiés, 25% estiment qu'il faut en accueillir davantage et un Québécois sur cinq croit qu'il faut leur fermer la porte. (photo: une famille arrive sur l'île de Lesbos, en Grèce, après avoir traversé la Mer Égée, jeudi)

LOUISE LEDUC
La Presse
Quelques jours après les attentats de Paris et après la valse-hésitation du gouvernement Couillard face à l'afflux massif et rapide de réfugiés syriens, les Québécois sondés par CROP pour le compte de La Presse se montrent beaucoup moins accueillants qu'à l'habitude.
Six Québécois sur dix sondés par la firme CROP en début de semaine sont en désaccord avec l'idée d'accueillir 25 000 réfugiés d'ici la fin de l'année. Est-ce parce que cet objectif semble irréaliste? Pas si sûr: d'après les réponses à une autre question plus générale - sur la stratégie que doivent adopter les pays occidentaux devant la crise des migrants -, 33% des gens croient qu'il faut accueillir moins de réfugiés, 25% estiment qu'il faut en accueillir davantage et un Québécois sur cinq croit qu'il faut leur fermer la porte. Fait inhabituel, 21% des répondants admettent ne pas savoir que répondre à cette question.
Quelle approche privilégier?
Lorsqu'on leur demande quel énoncé correspond le plus à leur opinion face à la crise des migrants, 62% ont répondu qu'ils préféraient que l'on «règle le problème à la source, en intervenant dans les pays d'où les réfugiés fuient». Ici, à cette question, ils ne sont plus que 19% à dire qu'ils privilégient l'accueil et l'aide aux réfugiés, 14% répondant qu'ils souhaiteraient d'abord et avant tout qu'on ne se mêle pas du conflit. À cette question comme aux autres évaluant le degré d'hospitalité des répondants, les plus instruits sont ceux qui sont les plus favorables à l'accueil des réfugiés.
Un repli inhabituel?
De sondage en sondage, quand on demande en général si on est trop accueillant envers les immigrants, 40% des Québécois sondés seront de cet avis, tandis que 60% diront que ça va, explique Youri Rivest, vice-président chez CROP. «Dans le cas présent, environ 20% des gens qui sont habituellement ouverts à l'immigration ne le sont pas, cette fois. Est-ce à cause de l'origine ethnique des réfugiés en cause? Est-ce à cause de l'empressement du gouvernement à procéder?»
Qui se montre le plus fermé?
Moins on est susceptible de voir apparaître des Syriens dans son milieu, plus on est réfractaire à leur venue au pays. Ainsi, seulement 27% de ceux qui habitent en région (à l'extérieur de Montréal et de Québec) sont favorables à l'accueil d'immigrants syriens. Quelque 47% s'y montrent ouverts à Montréal et 33% à Québec. Youri Rivest, de CROP, fait remarquer que l'appui montréalais est peut-être dopé par le caractère multiethnique de la métropole, les immigrés ayant eux-mêmes été accueillis ici souhaitant possiblement que d'autres profitent à leur tour de la même hospitalité.
Si bien chez soi
Alors que l'industrie du voyage assure ces jours-ci que les Québécois ne boudent pas l'Europe, le sondage CROP indique que 69% des Québécois seraient inquiets s'ils devaient partir en Europe sous peu. En revanche, même à chaud, tout de suite après les attaques à Paris, 71% des répondants ont dit qu'ils se sentaient en sécurité au Canada. Cela ne signifie pas que l'on se mette la tête dans le sable: 58% des gens redoutent d'éventuelles attaques terroristes au pays.
Les jeunes frappés en plein coeur
Seulement 59% des répondants de 18 à 34 ans se disent en sécurité au Canada, contre 78% des gens de 55 ans et plus. Idem quant à la crainte des attentats terroristes: les jeunes de 18 à 34 ans (61%) les redoutent davantage que les répondants de 55 ans et plus (57%). «Habituellement, ce sont les jeunes qui n'ont peur de rien, fait observer Youri Rivest. À Paris, c'est leur mode de vie qui a été attaqué, ceux de leur âge, et ça semble les avoir marqués.»
Confiance mitigée envers le gouvernement
Justin Trudeau, qui vient tout juste d'être porté au pouvoir avec un fort appui des Québécois, a un parti pris contraire à celui de ses électeurs: le gouvernement garde le cap sur un accueil massif de Syriens, les Québécois s'y opposent. Cela se reflète dans le sondage: 51% des répondants québécois se montrent satisfaits de la façon dont Justin Trudeau a réagi à la crise des attentats de Paris. Les Québécois sont cependant un peu plus nombreux à penser que ce jeune gouvernement saura les protéger: 59% des personnes sondées font confiance au gouvernement libéral, qui, selon eux, saura assurer leur sécurité.
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Méthodologie: au total, 1000 questionnaires ont été remplis par des adultes québécois. La collecte de données s'est déroulée du 16 au 18 novembre auprès d'un panel web.