jeudi, novembre 12, 2015

Libéraux chics et libéraux chiches (2)

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MARIO DUMONT
MISE à JOUR 
Canada's new Prime Minister Justin Trudeau speaks to the crowd outside Rideau Hall after the government's swearing-in ceremony in Ottawa Lorsque j’écrivais au lendemain de l’élection de Justin Trudeau que son côté dépensier servirait d’argument aux militants anti-austérité pour conspuer le gouvernement Couillard, je ne pensais pas que les choses iraient aussi vite.
Je n’en croyais pas mes yeux quelques jours plus tard de voir à la une duDevoir l’image d’une jeune manifestante dans une marche contre l’austérité qui tenait en ses mains quoi...? Une affiche électorale de Justin Trudeau. Elle l’avait bricolée pour y ajouter un slogan anti-austérité.
Encombrant pour les cousins libéraux de Québec de se faire dire: «Justin il a compris lui! Il faut investir dans notre avenir! Quitte à s’endetter!» Avec Justin Trudeau, qui va embaucher des fonctionnaires, emprunter pour construire des infrastructures et hausser les dépenses en culture, les libéraux du Québec feraient mieux de se préparer à entendre cette rengaine pro-Trudeau à satiété.
Réforme de l’aide sociale
Voici donc que cette comparaison entre libéraux chics et chiches m’inspire cette semaine une deuxième chronique, sur un tout autre aspect: l’incitation à aller travailler. Sam Hamad vient tout juste de déposer le projet de loi 70, dont l’un des objectifs consiste à pousser les demandeurs d’aide sociale pour une première fois à s’inscrire dans un parcours obligatoire visant la remise en emploi.
Le projet de loi est assez contraignant pour les demandeurs de prestations d’aide sociale qui n’ont pas de contrainte à l’emploi. Ils devront obligatoirement s’inscrire à une démarche appelée Objectif emploi, sous peine de pénalités financières. Les récalcitrants pourraient voir leur chèque d’aide sociale coupé de moitié, en cas de refus de chercher du travail.
Le ministre Hamad plaide que les nouveaux demandeurs d’aide sociale ont pour la plupart moins de 30 ans et qu’à cet âge, une personne en santé ne peut pas rester à ne rien faire dans une économie où plusieurs secteurs déplorent des pénuries de main-d’œuvre.
En résumé, les libéraux de Philippe Couillard sont prêts à faire face à la critique, car ils ont la conviction qu’il faut serrer la vis pour pousser des gens vers le marché du travail. Je crois qu’ils ont raison, surtout sachant qu’une personne qui commence à passer du temps sur l’aide sociale devient plus à risque d’y retourner souvent et longtemps.
Le bon Justin
Au même moment, sur cette même question de l’incitation au travail, les libéraux d’Ottawa s’apprêtent à aller dans la direction exactement inverse. Le programme géré par le fédéral, l’assurance-emploi, a été l’objet de réformes fort critiquées qui visaient précisément cet objectif: pousser les travailleurs à participer au marché de l’emploi.
Cela s’est fait autant sous l’impulsion de gouvernements libéraux avec Paul Martin que sous les conservateurs.
Pour donner suite aux critiques émanant en particulier de régions comme l’Atlantique, Justin Trudeau a promis des assouplissements aux règles tôt dans son mandat. Avec l’appui reçu dans les provinces de l’Atlantique (32 circonscriptions sur 32), le nouveau premier ministre a-t-il vraiment le choix de leur livrer la marchandise?
Encore une fois, des manifestants défenseurs des assistés sociaux scanderont des slogans anti-Couillard et feront référence à l’approche sociale généreuse du bon cousin Justin.