lundi, novembre 23, 2015

L'espoir des réfugiés en instance d'accueil au Canada

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Mise à jour le lundi 23 novembre 2015 à 14 h 32 HNE
Les réfugiés syriens sont partout au Liban, et vivent dans des conditions souvent difficiles.
Les réfugiés syriens sont partout au Liban, et vivent dans des conditions souvent difficiles.  Photo :  Radio-Canada/Sylvain Castonguay

Dans l'appartement dénudé que loue sa famille, Ahmed a juste assez de place pour tourner en rond avec sa bicyclette. Âgé de neuf ans, il devrait être à l'école à cette heure-ci. Mais pour le jeune Syrien, la fin des classes a sonné il y a plus de trois ans avec le son des explosions et des tirs dans la banlieue de Damas où il vivait avec sa famille.
Un texte de Marie-Eve BédardTwitterCourriel
« Imaginez avoir à arrêter votre travail, que tout le cours de la vie s'arrête pour vous et votre famille, comment est-ce qu'un être humain peut se sentir? Comment croyez-vous que quelqu'un dont la vie s'est arrêtée il y a 4 ou 5 ans se sent? », demande Mohamad Al-Farkh, son père.
L'avocat n'aime pas repenser à ce moment où, sans comprendre ce que cela signifiait vraiment, ils ont tout laissé derrière, forcés à l'exil.
Mohamad Al Farkh et son fils Ahmed.Mohamad Al Farkh et son fils Ahmed.  Photo :  Radio-Canada /Sylvain Castonguay
« J'ai tout perdu dans mon pays : mes ambitions, mes accomplissements. Mais je sens qu'au Canada je pourrai accomplir des choses, éduquer mes enfants, et que ma femme et moi pourrons utiliser nos compétences. »
Et c'est ce qu'il espère faire très bientôt. Mohamad, sa femme et leurs trois enfants ont été acceptés par le Canada comme réfugiés il y a quelques mois et n'attendent plus que le signal de départ.
« Quand on me l'a dit, j'ai senti que ma vie qui s'est arrêtée reprenait. En quittant l'ambassade, j'ai retrouvé l'espoir. »— Mohamad Al Farkh

Tarek Bourghol, un Syrien originaire d'Alep, exprime aussi ce désir de revenir à la vie en parlant de son espoir de venir au Canada. Lui, sa femme Reem et leur fils de sept ans ont fui leur quartier quand leur maison a été bombardée. D'abord déplacés à l'intérieur de la Syrie à quelques reprises, ils sont arrivés au Liban il y a environ un an.
Le frère de Reem vit à Montréal et a déposé une demande de parrainage pour la famille, comme il l'avait fait avec un frère qui est maintenant arrivé au Canada. La famille a été reçue en entrevue à l'ambassade du Canada, mais elle attend toujours d'être convoquée pour un examen médical, une dernière étape avant l'octroi ou le refus d'un visa.
« Je suis inquiet des délais. Nous vivons illégalement au Liban, alors à tout moment, nous pourrions avoir des ennuis. Le propriétaire de l'appartement que nous louons nous interdit de recevoir des visiteurs pour ne pas que nous soyons repérés. »
Inquiétudes envers les réfugiés
Tarek, Mohamad et bien d'autres en attente de partir s'installer au Canada savent que depuis les attentats de Paris, de nombreuses voix s'élèvent au Canada et ailleurs pour exprimer leurs inquiétudes de voir autant de réfugiés arriver si vite.
« Ce qui s'est passé en France est terrible. Je comprends ceux qui ont peur. Les Canadiens ont peut-être une mauvaise idée des musulmans, ils croient peut-être que nous allons venir pour détruire leur pays. C'est évident que le gouvernement ne peut accepter que des terroristes viennent chez eux. Et ce n'est pas impossible. Mais je suis certain que je vais arriver à faire la preuve que je suis une bonne personne, que je vais me faire des amis. Ma femme et moi allons bâtir une nouvelle vie, sortir. Nous allons recommencer à zéro, ça va prendre du temps. »
Mohamad, l'avocat syrien, insiste pour dire que le processus d'acceptation est long et sérieux.
« Ce n'est pas si facile dit Mohamad. Ça nous a pris beaucoup de temps. »
Il a d'abord été interrogé par le Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations unies, explique-t-il, et ensuite référé au Canada.
« Ça nous a surpris. Nous avons fait une entrevue, puis une autre, puis une autre. Ensuite, des examens médicaux. On se sent un peu comme dans un labyrinthe, perdus en attendant de savoir si on va partir ou pas. »— Mohamad Al Farkh
Mohamad et sa famille sont anxieux de partir. « C'est assez 
de temps perdu. L'avenir de mes enfants est en train de s'évaporer. »
Et il est lui aussi convaincu que sa famille arrivera à s'intégrer à sa nouvelle terre d'accueil.
« C'est une société multiculturelle et multiethnique avec toutes leurs religions et leurs races. Si on n'embrasse pas cette idée, on retourne au Moyen-Âge. »
Mohamad ne veut plus regarder en arrière.