mardi, novembre 10, 2015

Le parti d'Aung San Suu Kyi en route vers la victoire au Myanmar

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Mise à jour le mardi 10 novembre 2015 à 4 h 29 HNE  Reuters
Aung San Suu Kyi
Aung San Suu Kyi  Photo :  Jorge Silva / Reuters

L'opposition incarnée par Aung San Suu Kyi est en tête dans la plupart des assemblées régionales et à la chambre basse du Parlement, selon les résultats partiels du scrutin de dimanche au Myanmar. Ça devrait lui permettre d'arriver au gouvernement dans un pays toujours en marche vers la démocratie.
La formation au pouvoir, le Parti de l'union solidaire et du développement (USDP), créé par l'ancienne junte et dirigé par des militaires à la retraite, a concédé sa défaite lundi au terme des premières élections libres depuis un quart de siècle.
Les nouveaux résultats égrenés par la commission électorale mardi montrent que l'USDP n'est pas seulement battue par les urnes, mais qu'elle est littéralement étrillée.
La Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d'Aung San Suu Kyi, a effectué ses propres calculs à partir des résultats en provenance des bureaux de vote et s'estime en passe de remporter plus des deux tiers des sièges à la chambre basse du Parlement, suffisamment pour former le premier gouvernement démocratiquement élu du Myanmar depuis le début des années 60.
Le porte-parole de la LND, Win Htein, a estimé mardi que la LND remporterait plus de 250 des 330 sièges ouverts à la compétition. La chambre basse en compte au total 440, dont un quart, soit 110 sièges, sont réservés à l'armée selon la constitution rédigée par l'ancienne junte.
Reuters n'est pas en mesure de vérifier ce décompte de façon indépendante.
Selon les résultats déjà officiellement publiés par la commission électorale, la LND a remporté 78 sièges sur les 88 sièges attribués pour l'instant à la chambre basse. Aucun siège n'a encore été attribué à la chambre haute.
Les résultats officiels montrent aussi que la LND a également remporté une très large victoire dans les assemblées régionales. Le parti d'Aung San Suu Kyi compte 97 des 107 sièges pour l'instant déclarés. L'USDP en a trois.
« La différence entre les parties est immense. C'est une nette victoire », commente Sitida, moine bouddhiste de 37 ans, rencontré à Mandalay. Il a participé à la « révolution de safran », les manifestations de 2007 réprimées dans le sang par la junte.
« Être crédible »
Sitida a été condamné à 70 ans de prison pour avoir participé au mouvement, puis il a été amnistié dans le cadre des réformes politiques de 2011. Il estime que l'armée va devoir maintenant accepter la victoire de la LND et organiser sa retraite en bon ordre du champ politique.
« Daw Suu peut faire en sorte que cela se produise. Daw Suu peut les convaincre », dit-il, en se référant à Aung San Suu Kyi par un titre honorifique.
Bien que l'USDP soit réduite à la portion congrue, l'armée détient encore un pouvoir énorme.
Outre le quart des sièges qui lui est garanti à la chambre basse du Parlement, le chef d'état-major de l'armée nommera les trois ministères à gros budget : l'Intérieur, la Défense et la Sécurité des frontières. La constitution lui donne aussi le droit de prendre le contrôle du gouvernement dans certaines circonstances.
L'armée a certes fait savoir qu'elle accepterait les résultats des élections, mais les analystes anticipent toutefois une période d'incertitude, ne serait-ce qu'en ce qui concerne la façon dans la « Dame de Rangoon » partagera le pouvoir avec les généraux.
La constitution interdit à cette lauréate du prix Nobel de la paix de présider elle-même le pays. Mais elle a dit publiquement qu'elle exercerait le pouvoir derrière le nouveau président. Elle a qualifié la loi fondamentale du pays de « très bête ».
Lundi, les États-Unis ont salué le scrutin de dimanche comme une victoire pour le peuple du Myanmar, tout en disant vouloir suivre le processus démocratique de près avant de procéder à un ajustement des sanctions prises contre le pays.
Barack Obama a visité la Birmanie deux fois ces trois dernières années, espérant que la transition démocratique serait mise à l'actif de sa présidence et serait un élément clé de sa stratégie en Asie.
Daniel Russel, secrétaire d'État adjoint, a salué un « sacré pas en avant pour le processus démocratique ». « Le plus dur reste à faire », a-t-il cependant ajouté.
Pour que les États-Unis et la communauté internationale fournissent au Myanmar l'aide dont il a besoin, a déclaré Daniel Russel, la transition entre le gouvernement sortant et le prochain « va devoir être crédible ».