vendredi, octobre 30, 2015

Ottawa n'est pas dans les plans de la prochaine campagne référendaire

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 Mise à jour le jeudi 29 octobre 2015 à 19 h 03 HAE  La Presse Canadienne
Le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau
Le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau  Photo :  PC/Jacques Boissinot

Il ne faut pas s'attendre à voir Pierre Karl Péladeau négocier au préalable avec Ottawa les conditions entourant la tenue d'un référendum sur la souveraineté du Québec, s'il devient premier ministre en 2018.
En entrevue à La Presse Canadienne jeudi, le chef du Parti québécois a dit qu'il ne fallait pas se faire d'illusion sur la volonté du gouvernement fédéral de s'asseoir avec un éventuel gouvernement péquiste pour fixer ensemble le cadre d'une consultation populaire sur le statut du Québec, un peu sur le modèle écossais l'an dernier.
Il n'y a pas de discussion possible avec Ottawa sur cette question, comme il n'y en a pas sur une réforme de la Constitution canadienne, a fait valoir M. Péladeau, qui s'est imposé un marathon d'entrevues jeudi, à l'occasion du vingtième anniversaire du référendum perdu d'octobre 1995.
« C'est plutôt illusoire de penser » qu'Ottawa serait prêt à négocier avec Québec ce type de consultation, selon lui.
« J'ai peu d'espoir que ça puisse se réaliser », même s'il reconnaît qu'une entente préalable avec Ottawa serait « souhaitable », dans un monde idéal.
Si le PQ prend le pouvoir et décide de consulter la population sur son avenir, plusieurs points seront à définir : la question à poser, la date du référendum, le financement de la campagne référendaire, le processus et les termes d'une négociation Québec-Ottawa en cas de victoire du oui, notamment.
En Écosse, Édimbourg et Londres ont mis des mois à négocier le cadre du référendum tenu en septembre 2014 ainsi que la marche à suivre si les souverainistes l'emportaient, ce qui ne fut pas le cas.
Question claire et brève
Chose certaine, contrairement à la question-fleuve posée en 1995 aux Québécois, la prochaine question référendaire devra être claire et brève, semblable à celle posée aux Écossais, promet M. Péladeau.
Cela pourrait donc ressembler à ceci : « Le Québec devrait-il être un pays indépendant? »
Lors d'un éventuel troisième référendum, l'argumentaire qui saura convaincre les Québécois de voter oui sera essentiellement économique, prévoit-il. L'enrichissement, individuel et collectif, procuré grâce à la souveraineté, sera la principale corde sensible qu'on fera vibrer pour inciter une majorité de Québécois à se donner un pays.
Les Québécois doivent avoir « les outils, les moyens, les compétences, pour s'enrichir encore davantage », soutient M. Péladeau, pressé de voir le Québec « participer au concert des nations ».
Il a réaffirmé son refus de tenir une élection référendaire. Le processus d'accession à la souveraineté est une chose trop importante pour que sa légitimité puisse être mise en doute, fait-il valoir. Il faudra donc s'assurer « qu'il n'y ait pas de doute, pas d'interrogation, sur la volonté des Québécois de s'engager dans cette direction ».
En ce sens, « une consultation populaire est incontournable ».
Au Parti québécois, le scénario d'une élection référendaire refait surface périodiquement, avant d'être rejeté chaque fois par le chef en place.
« Je ne me tiens pas avec des astrologues »
Candidement, M. Péladeau avoue n'avoir jamais songé aux conséquences pour les Québécois d'un troisième non à un référendum, le cas échéant. Interrogé à ce propos, M. Péladeau a paru surpris par la question et a d'abord répondu par une boutade, en disant : « Je ne me tiens pas avec des astrologues ».
La question suivante l'invitait à préciser sa pensée : « Les conséquences d'un troisième non, c'est sûr que vous pensez à ça, les conséquences d'un échec pour le peuple québécois, ce serait quoi? »
« J'avoue que j'ai pas pensé à ça », a laissé tomber M. Péladeau. Il dit se concentrer sur l'objectif de faire du Québec un pays et écarter d'emblée la possibilité d'un échec.
Le chef souverainiste reconnaît que les choses ont bien changé depuis le référendum de 1980 et celui de 1995, et qu'il faut ajuster le discours.
« C'est indéniable qu'il y avait ce sentiment d'aliénation » culturelle et économique vécu par les Québécois francophones dans le passé, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.
Cérémonie du 29 octobre 2015 à Québec à l'occasion du 28e anniversaire de la mort de l'ancien premier ministre René Lévesque.
Cérémonie du 29 octobre 2015 à Québec à l'occasion du 28e anniversaire de la mort de
 l'ancien premier ministre René Lévesque.
 Photo :  PC/Jacques Boissinot

La convergence des forces souverainistes, mais sans Québec solidaire
Plus tôt, M. Péladeau avait participé à une activité de presse devant annoncer le « rassemblement » des forces souverainistes.
Quelques organismes y ont participé (le Mouvement national des Québécois, la Société Saint-Jean-Baptiste et Organisations unies pour l'indépendance), des partis politiques (le Bloc québécois et Option nationale), mais il manquait Québec solidaire, qui a décidé de bouder l'événement.
Le rassemblement avait pour but d'annoncer la vente d'une version actualisée des affiches du camp du oui en 1995, à 20 $ pièce, pour financer la promotion de l'option souverainiste.
En entrevue sur les ondes d'ICI Radio-Canada Première, jeudi midi, Pierre Karl Péladeau a expliqué les résultats du Bloc québécois lors des récentes élections fédérales par le désir qu'ont eu les Québécois de « congédier les conservateurs et Stephen Harper ». Pierre Karl Péladeau refuse d'y voir un essoufflement des forces souverainistes, insistant pour dire qu'il s'agissait d'une « élection fédérale » dans laquelle il y a eu « une concurrence plus solide entre le Nouveau Parti démocratique et le Parti libéral du Canada ».

« Nous avons fait élire 10 députés [du Bloc québécois], a affirmé M. Péladeau. On ne peut pas nier qu'au niveau du vote absolu, ce sont des chiffres relativement importants. Mais il y avait une dynamique qui était toute autre durant cette élection-ci et elle ne portait aucunement sur la souveraineté. »

Par ailleurs, Pierre Karl Péladeau se réjouit du fait que le mois prochain, le conseil national du PQ va discuter, à Sherbrooke, de sa stratégie en vue de l'indépendance. « Que les militants souhaitent parler d'indépendance est une très bonne chose, a-t-il dit. Je m'en réjouis. »