samedi, octobre 10, 2015

Les Palestiniens enterrent leurs morts

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Les Palestiniens enterrent leurs morts
Des Palestiniens transportent le corps d'un homme de 22 ans.Photo Ahmad Gharabli / AFP

Laurent Lozano

JÉRUSALEM - Les Palestiniens enterraient leurs morts samedi dans un climat de nervosité exacerbée au lendemain de la journée la plus meurtrière dans l'escalade des violences avec les Israéliens.
Des milliers de personnes ont participé aux premiers des sept enterrements prévus samedi, une telle affluence n'ayant pas été constatée depuis la deuxième intifada (2000-2005), assurent les Palestiniens.
La journée pourrait être d'autant plus turbulente que la confrontation est entrée en terrain inconnu en s'étendant la veille à la bande de Gaza, théâtre de trois guerres avec Israël en six ans. Sept jeunes lanceurs de pierres palestiniens y ont été tués vendredi.
Le cortège funéraire de l'un des quatre Palestiniens enterrés samedi s'est transformé à Gaza en défilé des combattants de la branche armés du Hamas. Peu après, 200 jeunes entamaient de nouveaux heurts le long de la barrière avec des soldats israéliens.
Plus d'un millier de Palestiniens ont par ailleurs participé aux funérailles d'Ahmad Qali, 22 ans, tué par des tirs israéliens lors d'une nouvelle bataille rangée dans le camp de Chouafat vendredi soir. Il est le deuxième Palestinien à succomber en moins de 48 heures dans ce camp de réfugiés de Jérusalem-Est.
Des milliers de personnes se sont également déplacées à Hébron et à Yatta, une localité proche, portant à bout de bras les corps de deux jeunes auteurs d'attaque abattus par les forces israéliennes.
Et des manifestations dans les villes arabes d'Israël, où vivent les descendants des Palestiniens restés sur leur terre à la création d'Israël en 1948, ont donné lieu à 10 arrestations, selon la police.
Depuis le 1er octobre et le meurtre de deux colons en Cisjordanie, les violences ont tué quatre Israéliens et 17 Palestiniens dont six agresseurs présumés.
Samedi matin, une treizième attaque à l'arme blanche en huit jours contre des Israéliens ou des juifs s'est produite. Deux juifs ultra-orthodoxes ont été légèrement blessés à Jérusalem et l'auteur, un Palestinien de 16 ans, a été abattu, selon la police.
Dans la nuit s'est alourdi le bilan du plus grave évènement entre Israël et la bande de Gaza depuis la guerre meurtrière de l'été 2014. Sept jeunes Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens près de la barrière de sécurité qui, avec la frontière égyptienne, enferme hermétiquement Gaza, et 145 ont été blessés.

TIR DE ROQUETTE SUR ISRAËL

Cet évènement pose la question d'une riposte venue de Gaza et notamment du Hamas islamiste qui la gouverne de manière exclusive.
Une roquette tirée de la bande de Gaza est tombée dans la nuit dans un secteur inhabité du sud d'Israël sans faire de blessé, selon l'armée israélienne. Fait exceptionnel, Israël n'a pas lancé de raid aérien de rétorsion, au moins dans l'immédiat, indication possible d'une volonté de ne pas enclencher une spirale d'hostilités. Le tir de roquette n'a pas été revendiqué.
Le Hamas pourrait ne pas avoir intérêt à envenimer les choses, estiment les experts, car il se reconstruit après avoir été durement frappé par la guerre de 2014. A contrario, il ne peut rester à l'écart du mouvement en cours.
La Cisjordanie et Jérusalem-Est sont en proie à des tensions qui ont réveillé le spectre d'une troisième intifada, du nom des soulèvements populaires de 1987 et 2000 ayant fait des milliers de morts.
Les analystes estiment qu'on n'en est pas là mais mettent en garde contre le risque qu'un incident grave ne mette le feu aux poudres pour de bon.
Le chef du Hamas à Gaza Ismaïl Haniyeh est sorti de sa réserve vendredi pour appeler à «renforcer et accentuer l'intifada».

INTIFADA OU SOULÈVEMENT POPULAIRE

Jusqu'alors, le mouvement s'est distingué par sa spontanéité. Les voix s'élèvent désormais pour réclamer une direction collégiale, comme cela avait été le cas lors des deux intifadas.
«Peu importe qu'on parle d'intifada ou de soulèvement populaire, l'important est que le peuple et tous les mouvements soient unis sur le terrain», a déclaré à l'AFP Mahmoud al-Alloul, cadre dirigeant du Fatah, le parti dominant en Cisjordanie.
Les Palestiniens ont annoncé une rencontre mercredi entre le Quartette et Mahmoud Abbas, qui a à plusieurs reprises affirmer refuser une lutte armée mais garantit que «la résistance populaire pacifique» était «un droit» des Palestiniens.
Israël a arrêté quelque 400 Palestiniens depuis le 1er octobre en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, dont la moitié âgés de 14 à 20 ans, selon le Club des prisonniers palestinien.
Le Parlement jordanien a accusé samedi Israël de pratiquer un «terrorisme d'État» contre le peuple palestinien et a regretté que la communauté n'ait «pas levé le petit doigt» pour l'en empêcher.
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