jeudi, octobre 29, 2015

Le suicide tranquille des Québécois

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MATHIEU BOCK-CÔTÉ
MISE à JOUR 
terrebonne  Longtemps, les Québécois ont redouté leur assimilation. Ils regardaient le sort des Canadiens français hors Québec, condamnés à voir leur poids démographique régresser à chaque génération. Fatalement, ils passaient du français à l’anglais.
Michel Carpentier devenait Michael Carpenter, Jonathan Boisvert devenait John Greenwood. D’autres conservaient leur nom tout en s’anglicisant. Dans les provinces anglaises, on croise souvent des Brandon Plamondon ou des Peter Doucet. Ou encore, on ne dira plus Justin, mais Justiiine!
Mais tout cela se passait loin de chez nous, à l’extérieur des frontières québécoises.
Et on se faisait une raison: le sort des Canadiens français hors Québec était scellé. Il n’y avait rien à faire. C’était bien triste, mais c’était ainsi. Les souverainistes ajoutaient toutefois une importante nuance: si le Québec ne devenait pas un pays, il risquait de connaître le même sort. L’indépendance serait le meilleur moyen de se prémunir contre l’assimilation. Elle seule garantirait notre survie culturelle et linguistique.
Assimilation
Mais ces dernières années, cette crainte s’est étrangement dissipée. Peut-être à cause de la Révolution tranquille? Elle a permis l’affranchissement socio-économique des Québécois. De temps en temps, ils ont même l’impression d’être déjà un pays.
On ajoute aussi que la loi 101 a assuré la protection définitive de la langue française au Québec. Avec elle ou ce qui en reste (n’a-t-elle pas l’air d’une mamie édentée?), le statut du français serait confirmé. On passera donc à autre chose. Et parler d’assimilation, c’est négatif, donc on ne le fait pas.
C’est justement au moment où nous ne redoutons plus l’assimilation qu’elle redevient d’actualité.
Étrange certitude. Car c’est justement au moment où nous ne redoutons plus l’assimilation qu’elle redevient d’actualité. Pire encore: on a moins à la redouter dans quelques années qu’on doit bien constater qu’elle est commencée. Ce n’est plus une possibilité aussi effrayante que lointaine.
C’est une bonne part de notre quotidien même si nous le nions nonchalamment. Elle se révèle par mille indices. Par exemple, les jeunes francophones, pour peu qu’ils se veuillent «branchés», se parlent en anglais entre eux, ou alors, ils franglisent et se croient sophistiqués.
Indifférence
On connaît l’habitude montréalaise du bonjour-hi. Elle incarne concrètement le déclassement du français. Elle envoie un message clair, surtout aux immigrants: vous avez le choix du français ou de l’anglais, c’est à votre guise. Dans un contexte où nous recevons plus de 50 000 immigrants par année, cette désinvolture identitaire est suicidaire.
Mais c’est un suicide doux, cool. Un suicide tranquille. Nos élites, jamais en manque d’euphémismes, n’y voient pas une régression, mais une évolution.
En fait, c’est la conscience nationale qui se dissipe. Les jeunes Québécois, bien souvent, alternent entre l’amnésie et la mauvaise conscience. Soit ils se fichent de leur histoire, et ne s’intéressent qu’au présent, soit ils ont appris à la détester et n’y voient qu’une suite de vexations xénophobes faites aux minorités.
Pourquoi dès lors vouloir la poursuivre? Et les Québécois, peu à peu, deviennent indifférents au Québec et à ses intérêts nationaux. Ils deviennent sans trop s’en rendre compte des Canadiens comme les autres.
Il y a 20 ans, nous avons bêtement refusé de devenir un pays. Maintenant, nous en payons le prix. Mais ne le dites pas trop fort. Mieux vaut disparaître en douce et en faisant la fête. C’est moins honteux.