jeudi, octobre 29, 2015

La retraite à la sauce libérale

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Publié le 28 octobre 2015 à 06h27 | Mis à jour le 28 octobre 2015 à 06h27

Avec l'élection du Parti libéral du Canada, se pourrait-il que les astres soient enfin alignés en 2016 pour une réforme nationale de notre système de retraite ? Il serait bien temps !
Pendant une décennie, cet enjeu crucial a été balayé sous le tapis par les conservateurs, malgré les pressions des provinces. Mais voilà que durant la campagne, Justin Trudeau a promis de s'y attaquer.
Tant mieux ! Il y a du travail à faire. Le système canadien comporte des lacunes, si je me fie à la plus récente mouture de l'indice Mercer Melbourne diffusé cette semaine. Sur 25 pays, le Canada se classe en septième position, avec la note « B ».
Pas trop mal. Mais pour obtenir un « A », comme le Danemark et les Pays-Bas, il y aurait lieu d'améliorer les régimes publics, estime Michel St-Germain, actuaire au bureau montréalais de Mercer.
Actuellement, la moitié des travailleurs québécois n'ont aucune forme de régime de retraite avec leur employeur. Et beaucoup n'économisent pas assez de leur propre chef. Cela fait en sorte que de larges pans de la classe moyenne risquent de manquer d'argent pour maintenir leur train de vie à la retraite, selon la Régie des rentes du Québec (RRQ).
Pendant ce temps, l'espérance de vie augmente, mais les travailleurs âgés de la retraite. Il faut dire que les entreprises font tout pour se débarrasser de leurs employés plus âgés.
D'autre part, les taux d'intérêt sont au plancher. Mais le Canada n'a pas réussi à hausser le niveau d'épargne pour contrer la baisse des rendements, comme le Danemark et les Pays-Bas sont parvenus à le faire.
Si rien n'est fait, certains travailleurs auront une retraite bien maigrichonne, à commencer par les femmes.
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Les femmes sont déjà le parent pauvre de la retraite. Leurs revenus ne représentent que 59 % de celui des hommes, soit 27 200 $ par rapport à 45 800 $.
Ce grand écart reflète le fait que les femmes ont des revenus inférieurs aux hommes durant leur carrière. Et cela reste vrai, encore aujourd'hui, constate Ruth Rose, professeure associée au département des sciences économiques de l'UQAM.
Les revenus des travailleuses québécoises ne représentent que 71 % de ceux des hommes. Malgré l'avènement de l'équité salariale, leur salaire horaire demeure inférieur de 10 % à celui des hommes.
De plus, les femmes sont moins présentes sur le marché du travail, car elles sont plus susceptibles de s'occuper des enfants ou d'un proche malade par exemple.
Heureusement, les régimes publics permettent de compenser partiellement le travail non rémunéré des femmes. Par exemple, la Régie des rentes du Québec (RRQ) permet d'effacer du calcul de la rente les années où elles ont peu cotisé parce qu'elles avaient la charge d'un tout-petit.
N'empêche, les femmes touchent une rente de la RRQ bien inférieure à celle des hommes. Par contre, elles reçoivent davantage de supplément de revenu garanti (SRG), signe qu'elles sont plus nombreuses à avoir du mal à joindre les deux bouts.
Mais cela n'est pas toujours suffisant pour sortir les aînées de la misère. Pour certaines femmes immigrantes, la situation est particulièrement criante, indique M. St-Germain. Elles n'ont droit qu'à une pension partielle, car les rentes fédérales sont établies en fonction du nombre d'années de résidence au Canada.
N'empêche, pour Mme Rose, les régimes publics sont « la seule solution viable » pour lutter contre la recrudescence de la pauvreté, particulièrement chez les femmes vivant seules.
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Ça tombe bien, les libéraux se sont engagés à bonifier de 10 % le SRG pour les personnes seules, le plus souvent des femmes. Cela procurera presque 1000 $ de plus par année aux aînés les plus démunis. Il s'agit d'un cadeau de 720 millions pour l'année 2016-2017, si je me fie au cadre financier du Parti libéral.
Le parti de Justin Trudeau a aussi l'intention de ramener l'âge d'admissibilité à la Pension de la sécurité de la vieillesse (PSV) de 67 à 65 ans.
Mais surtout, il a ouvert la porte à une bonification « modeste » du Régime de pension du Canada (RPC), l'équivalent de la RRQ dans le reste du Canada. Depuis le temps que les provinces le réclament !
Certaines avaient même décidé de faire cavalier seul. L'Ontario veut lancer son propre régime de retraite, qui offrirait aux retraités une rente équivalente à 15 % de leurs revenus d'emploi, en sus des 25 % du RPC/RRQ.
Mais nos voisins pourraient laisser tomber ce plan si le fédéral allait de l'avant avec une bonification pancanadienne.
Reste à voir si le Québec se fera tirer l'oreille. Je vous rappelle que la province mise déjà sur le Régime volontaire d'épargne retraite (RVER). La RRQ mène d'ailleurs une campagne de promotion, ce mois-ci, pour mieux le faire connaître.
Malheureusement, le RVER n'est pas une formule parfaite. C'était une solution de rechange, alors qu'Ottawa refusait de se mouiller.
Mais il serait préférable de mettre en place un régime pancanadien (ou équivalent dans chaque province) fondé sur une infrastructure publique permettant de réduire les frais. Remarquez qu'une partie de la gestion pourrait être confiée au privé, de manière à favoriser la concurrence.
Dans un monde idéal, ce régime serait pleinement capitalisé, pour préserver l'équité intergénérationnelle. L'indexation de la rente serait fonction des résultats, pour garder une soupape.
Enfin, ce régime devrait être avantageux pour les bas salariés. Il serait particulièrement odieux qu'Ottawa les force à cotiser à un nouveau régime de retraite, alors qu'ils n'en ont pas les moyens, pour ensuite les priver de leur SRG à la retraite. Ce serait une étrange façon de regarnir les coffres du fédéral sur le dos des gagne-petit.