vendredi, octobre 09, 2015

La relève du Bloc dans les ruines du château fort

http://www.ledevoir.com/politique/

9 octobre 2015 | Karl Rettino-Parazelli à Saint-Basile-le-Grand | Canada
Catherine Fournier, 23 ans, fait partie de la jeune garde bloquiste. Le parti mise sur elle pour reprendre son ancien château fort, emporté par la vague orange en 2011.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

Catherine Fournier, 23 ans, fait partie de la jeune garde bloquiste. Le parti mise sur elle pour reprendre son ancien château fort, emporté par la vague orange en 2011.
L’homme qui sort en trombe du supermarché est intercepté par une jeune femme, qui lui tend un dépliant. « Bonjour, je m’appelle Catherine Fournier, candidate pour le Bloc québécois. » Le client s’arrête un instant, surpris. « Ah oui ? C’est super ça ! » lance-t-il en se dirigeant vers son véhicule.
 
Nous sommes à Saint-Basile-le-Grand, sur la Rive-Sud de Montréal, l’une des villes comprises dans la nouvelle circonscription de Montarville. Ce champ de bataille né du redécoupage électoral de 2012 abrite des électeurs qui ont majoritairement appuyé des candidats du NPD en 2011, après avoir fait confiance au Bloc québécois pendant des années.
 
C’est ici que se présente Catherine Fournier, 23 ans, en qui le parti souverainiste fonde de grands espoirs. On la voit à la télévision, aux côtés de son chef Gilles Duceppe lors des conférences de presse et un peu partout dans la circonscription qu’elle convoite.
 
« M. Duceppe a dit qu’une des raisons de son retour en politique, c’était de passer le flambeau à la relève qui prenait sa place au Bloc québécois, fait-elle remarquer. Mon équipe et moi en sommes l’exemple. »

Relève
 
Cette jeune femme dit faire campagne depuis plus de 15 mois pour convaincre les électeurs de rentrer au bercail après avoir changé de camp il y a quatre ans. Et selon les sondages que son parti a menés, ses efforts portent leurs fruits.
 
Elle croyait que son âge lui nuirait, mais c’est finalement tout le contraire, affirme-t-elle.« Avant de me présenter, c’était ma principale inquiétude, avoue la jeune diplômée de sciences économiques. Au contraire, les gens sont contents de voir qu’il y a de la relève. »
 
Lorsqu’elle rencontre les électeurs, Mme Fournier parle d’environnement, de souveraineté et de transport de matières dangereuses par train, puisqu’ici aussi, la voie ferrée se trouve à proximité du centre-ville. Mais elle critique aussi le bilan de son adversaire néodémocrate, la députée sortante Djaouida Sellah.
 
« Depuis 2011, j’ai été très active sur le terrain, et c’est ce qui fait la différence entre les députés du NPD et ceux des autres partis », réplique la femme d’origine algérienne, installée au fond d’un café du centre-ville de Saint-Bruno-de-Montarville. Lorsqu’on l’interroge sur ses principaux faits d’armes, elle souligne des succès du NPD (l’interdiction des microbilles de plastique et l’abolition de la taxe sur les produits d’hygiène féminine) et les consultations publiques qu’elle a organisées localement au sujet de la sécurité ferroviaire et de Postes Canada.
 
Face à sa jeune adversaire, elle souhaite visiblement inspirer confiance. « Je suis une femme de terrain qui a de l’expérience politique et du vécu de la vie », estime-t-elle.
 
Vote de confiance
 
Ici comme ailleurs au Québec, le scrutin du 19 octobre pourrait prendre la forme d’un vote de confiance pour le NPD. Montarville comprend la ville de Sainte-Julie, qui appartenait auparavant à la circonscription Verchères–Les Patriotes, représentée par Sana Hassainia. Celle-ci a été élue sous la bannière du NPD en 2011, avant de décider de siéger comme indépendante en 2014 pour dénoncer la position de son parti dans le conflit israélo-palestinien. Les Julievillois voient-ils le NPD d’un autre oeil en raison des absences répétées de Mme Hassainia, à la Chambre des communes comme dans sa circonscription ? Pas du tout, croit Mme Sellah. « Les gens veulent se tourner vers l’avenir. »
 
C’est pourtant le premier sujet qui refait surface dans sa tournée des cafés du coin, lorsqu’elle rencontre Normand, un résidant de Sainte-Julie qui appuie le Bloc. « On ne l’a pas vue une minute. Elle n’a rien fait », dit-il sans hésiter au sujet l’ex-députée néodémocrate.« Il faut regarder mon bilan », réplique Djaouida Sellah.
 
Assis plus loin, un jeune père se lève et se joint à la discussion. André votera pour le NPD, mais surtout contre les conservateurs. « Je trouve que le Bloc, c’est un vieux parti qui survit sur le pilote automatique », juge-t-il.
 
Ce qui a des allures d’une course à deux pourrait cependant prendre une tournure différente en raison du grand nombre d’indécis. Selon les chiffres dévoilés par l’équipe de Catherine Fournier, près de 40 % des électeurs n’ont toujours pas arrêté leur choix.
 
Parlez-en à Michel Picard, le candidat du Parti libéral, qui tente sa chance pour une deuxième élection consécutive après avoir perdu celle de 2011 dans Saint-Bruno–Saint-Hubert aux mains de Mme Sellah.
 
Il a l’intention de brouiller les cartes en misant sur un thème phare, l’économie. « Quand tu te lèves le matin, tu mets du beurre sur tes toasts. C’est ça qui te préoccupe comme individu. »
 
« Les châteaux forts, ça n’existe plus », glisse-t-il en promettant une longue soirée le 19 octobre.