lundi, octobre 26, 2015

Grèves tournantes dans le secteur public : c'est parti!

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Des syndiqués manifestent devant l'école Saint-Germain d'Outremont, dans la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.
Des syndiqués manifestent devant l'école Saint-Germain d'Outremont,
dans la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.
  Photo :  ICI Radio-Canada/René Saint-Louis

Le front commun de la fonction publique a amorcé aujourd'hui une série de grèves tournantes pour dénoncer la lenteur des négociations concernant le renouvellement de leurs conventions collectives et les gels de salaires que Québec tente de leur imposer.
Des fonctionnaires des secteurs de la santé, de l'éducation et de l'administrationdes des régions des Laurentides, de Lanaudière, de l'Outaouais, de l'Abitibi-Témiscamingue, du Saguenay-Lac-Saint-Jean et du Nord-du-Québec sont en arrêt de travail aujourd'hui.
Les professeurs de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys se sont également joints au mouvement. Les élèves sont ainsi privés de cours. Les services de garde des commissions scolaires demeureront aussi fermés.
Le mouvement de grève se poursuivra dans d'autres régions au cours de la semaine qui vient :

Mardi Québec, Chaudière-Appalaches, Bas-Saint-Laurent, Côte-Nord, Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine;
Mercredi : Estrie, Montérégie, Centre-du-Québec et Mauricie;
Jeudi : Montréal et Laval.

Pour connaître les dates et les sites de grève, on peut se rendre à frontcommun.org/greve.
Conscient des conséquences de la grève sur la population, le président de la CSN, Jacques Létourneau, soutient qu'il s'agit du seul moyen à leur disposition de faire entendre leurs revendications. « On n'a pas trouvé d'autre façon, dans l'histoire, de faire pression dans le cadre d'une négociation, qui est difficile, que d'utiliser la grève », a-t-il déclaré en entrevue à ICI RDI.
M. Létourneau se fait toutefois rassurant en précisant que la loi sur les services essentiels force les syndiqués du milieu de la santé à offrir 90 % du service habituel. « C'est plus que ce qui existe dans les hôpitaux la fin de semaine », souligne-t-il.
Le président de la CSN ajoute que la clientèle n'est pas visée par le mouvement de grève, mais que les syndiqués souhaitent faire pression sur le Conseil du Trésor afin d'obtenir de nouvelles offres, notamment salariales. « L'objectif, c'est de mettre de la pression sur le Conseil du Trésor et sur les associations patronales pour que des mandats réels se donnent aux tables de négociations pour que ça débloque », a-t-il poursuivi.
Le front commun - CSQ, le SFPQ, l'APTS, la CSN et la FTQ - représentent quelque 450 000 salariés qui se répartissent ainsi par régions :

  • Abitibi-Témiscamingue : 9443 personnes
  • Lanaudière : 18 959 personnes
  • Laurentides : 11 301 personnes
  • Outaouais : 12 306 personnes
  • Nord-du-Québec : 4819 personnes
  • Saguenay-Lac-Saint-Jean : 15 811 personnes
Les syndiqués observeront une trêve la semaine prochaine afin de « donner toute la place à la négociation », explique M. Létourneau.
De son côté, le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux, dénonce le mouvement de grève alors que les négociations se poursuivent. « Je trouve ça un peu regrettable, cette semaine, ces moyens de pression parce que ça affecte la population dans son ensemble. »
« Ce n'est pas parce qu'il va y avoir des moyens de pression que subitement l'argent va apparaître dans les coffres de l'État. »— Martin Coiteux

« La situation budgétaire du Québec ne va pas changer à cause de ça cette semaine », poursuit le président du Conseil du Trésor.
Un gel salarial de deux ans
Le gouvernement québécois du premier ministre Philippe Couillard propose à ses employés un gel de salaire de deux ans et des augmentations de 1 % par année au cours des trois années suivantes.
Ces augmentations salariales, qui représentent 3 % sur cinq ans, irritent les syndiqués, qui réclament 4,5 % par année au cours des trois prochaines années, pour un total de 13,5 % sur 3 ans.
Le président de la CSN convient qu'il y a eu des avancées sur le plan de l'organisation du travail, mais il déplore le statu quo dans les aspects financiers des conventions collectives. « Le gouvernement n'a pas bougé d'un iota depuis sa proposition de 0-0-1-1-1, soit des augmentations de 3 % sur cinq ans, alors que le conseil du patronat annonce des augmentations de 2,6 % en 2016 pour permettre à ses salariés de maintenir leur pouvoir d'achat », ajoute M. Létourneau.
« Leur proposition initiale constitue un appauvrissement pour la classe des travailleurs et travailleuses du secteur public. »— Jacques Létourneau

« Voudrait-on appauvrir l'ensemble des Québécois? », rétorque le président du Conseil du Trésor qui tient au gel salarial afin d'atteindre son objectif d'équilibrer le budget du gouvernement. M. Coiteux souligne que les demandes salariales du front commun représente 10,7 milliards de dollars au cours des trois prochaines années. « On le prend où ce 10,7 milliards là sinon dans la poche de l'ensemble des Québécois ? », questionne-t-il.
M. Coiteux soutient que le gouvernement québécois n'a équilibré son budget qu'à huit reprises au cours des 50 dernières années. « Le résultat, c'est qu'aujourd'hui on a une dette qui est assez monstrueuse, explique M. Coiteux. Concrètement, ça veut dire qu'on est obligé de mettre davantage [d'argent] en intérêts que ce que l'on met dans les écoles. »
« L'offre du gouvernement est peut-être plus modeste que dans le passé, mais elle est à la fois juste et responsable. »— Martin Coiteux

« C'est sûr que nous ne partageons pas du tout l'analyse de M. Coiteux sur le cadre financier, explique le président de la CSN. Le déficit zéro, on a déjà proposé au ministre des Finances et au Conseil du Trésor de le reporter. La situation financière du Québec, contrairement à ce qu'ils disent, n'est pas catastrophique. »
Le chef syndical souligne que le Parti libéral du Canada (PLC) a été élu à Ottawa avec la promesse de réaliser des déficits si la situation le commandait. Il croit que le gouvernement provincial devrait en faire autant afin de s'assurer de rémunérer correctement ses salariés.
Le président du Conseil du Trésor soutient que son gouvernement fait la même chose que ce que propose le PLC en investissant 8 à 9 milliards de dollars dans les infrastructures. « Je serais très heureux d'offrir plus si on avait plus, conclut-il. Mais, c'est de l'argent que nous n'avons pas. »
Les conventions collectives du secteur public sont échues depuis le 31 mars dernier.