samedi, septembre 05, 2015

Crise des migrants : les pays développés « n'ont pas d'excuses », dit MSF

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Mise à jour le vendredi 4 septembre 2015 à 17 h 53 HAE

De passage à Montréal, la présidente de Médecins sans frontières (MSF), la Québécoise Joanne Liu, dénonce l'immobilisme de l'Europe et des pays occidentaux dans la crise des migrants. Elle espère que l'indignation suscitée par la triste photo du petit Alan Kurdi va réellement changer les choses.
Un texte de Frédéric ArnouldTwitterCourriel
« On a vu une image qui incarnait finalement la problématique des gens qui fuient leur pays pour un meilleur monde. »— La présidente de Médecins sans frontières, Joanne Liu
Encore sous l'effet du décalage horaire, Joanne Liu ne perd pas une minute pour tenter de mobiliser le monde dans la cause des migrants, une cause à laquelle MSF fait face depuis de trop longues années.
« On sait qu'il y a eu plus de 22 000 personnes qui sont décédées sur la mer méditerranéenne depuis le début du millénaire et cette année seulement, on en est déjà à 1951, déplore-t-elle. C'est quand même quelque chose qui est extrêmement énorme ». 
Celle qui figure dans la prestigieuse liste des 100 personnes les plus influentes de la planète du magazine Time est à la tête de Médecins sans frontières depuis deux ans. L'organisme emploie 30 000 personnes et procède à environ 8 millions d'interventions médicales par an dans plus de 70 pays.
Trois bateaux de MSF sillonnent la Méditerranée et rencontrent chaque jour des embarcations surpeuplées de Syriens et de migrants d'Afrique qui traversent les eaux au péril de leur vie.
« Il ne faut pas criminaliser des gens qui quittent leur pays pour leur vie. Il n'y a personne qui va mettre ses enfants et sa femme en danger pour avoir une plus grosse télé. La raison pour laquelle on fuit, c'est qu'on fuit pour notre vie », insiste-t-elle.
Des migrants en Hongrie
Des migrants en Hongrie  Photo :  ? Marko Djurica / Reuters
Réveiller les consciences
Ce n'est pas la première fois que la docteure monte au créneau pour sensibiliser le monde à une crise urgente. En 2014, elle a réveillé la conscience internationale alors que le virus Ebola ravageait l'Afrique de l'Ouest. Aujourd'hui, elle fustige l'Europe qui ferme ses frontières.
« Ils ont maintenant deux millions de réfugiés syriens en Turquie et ils ont développé une capacité au fur et à mesure, rappelle-t-elle. Naturellement il y a eu l'aide des agences onusiennes et de MSF, mais ça s'est fait. »
« Ce n'est pas vrai que 40 000 migrants, ça va complètement bouleverser, déséquilibrer l'Union européenne aujourd'hui. »— Joanne Liu, présidente de Médecins sans frontières

Selon elle, la crise des migrants syriens n'est que la pointe de l'iceberg et des pays comme le Canada doivent agir. « On est dans une crise où on a 60 millions de réfugiés dans le monde, ce sont les plus gros chiffres qu'on a depuis la Deuxième Guerre mondiale et que 86 % des réfugiés à travers le monde sont accueillis dans les pays en voie de développement, rappelle Joanne Liu.
« Qu'est-ce que les pays développés attendent? Ils n'ont pas d'excuses. »— Joanne Liu, présidente de Médecins sans frontières

En attendant, que faire?
Bien sûr, la crise des migrants ne disparaîtra pas du jour au lendemain, alors en attendant, que faire? « Je pense qu'il faut mettre la pression sur nos gouvernements et là , je pense qu'on a une chance en or, on est en élections. Donc, allez-y, posez des questions aux gens qui veulent prendre le pouvoir et demandez-leur de faire quelque chose pour cette cause-là » 
Extraits d'une opération de sauvetage effectuée en Méditerranée par MSF