mardi, août 11, 2015

Violence conjugale : pourquoi elles restent?

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La violence conjugale n’a rien à voir avec des difficultés de couple. C’est un crime.


Lise Ravary
Pour combattre la violence conjugale, le gouvernement du Québec s’agite à « consolider la concertation intersectorielle », « analyser le risque de dangerosité » et « former des comités interministériels » au lieu de dire aux femmes qu’elles ont une responsabilité, celle de fuir le plus tôt possible.
« Prendre ses jambes à son cou » n’apparaît nulle part dans la littérature savante.
Triste à pleurer
Une fois encore, une jeune femme, enceinte par-dessus le marché (un déclencheur), aurait été assassinée par son conjoint, un homme qui traîne un passé de violence conjugale. Son ex-femme a même raconté à TVA qu’il lui avait brisé des côtes devant leur fils, un enfant dont la victime prenait désormais soin.
Geste de charité humaine qui lui a peut-être coûté la vie, car elle invoquait la présence de ce petit bonhomme dans sa vie pour demeurer avec ce conjoint. Son entourage était inquiet.
Cheryl Bau-Tremblay, puisque c’est d’elle qu’il est question, avait rencontré Alexandre Gendron dans une maison de thérapie pour alcooliques où elle travaillait comme intervenante. Elle savait qu’il n’était pas un enfant de chœur. Et pourtant, elle a choisi d’emménager avec lui et de faire un enfant.
C’est là que ma compréhension s’estompe. Loin de moi l’idée d’accabler les victimes, c’est plutôt la dynamique de la décision de rester qui me turlupine, surtout quand on sait qu’une femme a neuf fois plus de chances d’être tuée par son conjoint que par un étranger.
La question la plus importante dans cette affaire ne recevra pas de réponse, mais posons-la quand même : pourquoi tant de femmes restent-elles dans des relations dangereuses? Pendant mes années dans les magazines féminins, nous avons beaucoup couvert cette question sans jamais obtenir de réponse hors du cadre étroit de la dévictimisation.
Une travailleuse sociale m’avait dit : « Il ne faut pas pousser les femmes à partir. C’est leur choix au final. »
Autres temps, autres mœurs?
Un jour, ma tante préférée a reçu une taloche de son nouveau mari. Elle a pris ses affaires et l’a quitté le jour même. Elle s’est trouvé un emploi de couturière et a refait sa vie. C’était en 1922. Ils habitaient Hochelaga-Maisonneuve.
Ma mère m’a répété encore et encore qu’un homme qui frappe une fois frappera à nouveau, que ça ira de mal en pis. Qu’il faut le quitter subito pronto. Mieux vaut vivre sous le pont Jacques-Cartier qu’avec un batteur de femmes, disait-elle. Ma jeunesse a été baignée de ces sages paroles.
Et si on traitait la violence entre conjoints, hommes ou femmes, comme un crime, point à la ligne, avec des services sociaux appropriés pour les victimes, bien sûr, au lieu de noyer le poisson dans un blabla psychosocial? Même l’expression « violence conjugale » est désuète.
Disons à nos filles : « ton amour ne changera pas un gars qui frappe », « rester pour les enfants leur fera plus de tort que de bien », « quitte-le ».
Et à nos garçons : « Si tu frappes une femme, tu iras en prison, tu auras un casier, tu vas gâcher ta vie et celle de tes proches. »
La violence conjugale n’a rien à voir avec des difficultés de couple. C’est un crime. Selon une étude de l’UdeM, un Québécois sur quatre l’ignore toujours.