mercredi, août 12, 2015

Procès Duffy : «furieux» Nigel Wright a signé le chèque de 90 000$

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Publié par 98,5 Sports pour CogecoNouvelles le mercredi 12 août 2015 à 11h39. Modifié par Danielle Arsenault à 15h57.
Procès Duffy : «furieux» Nigel Wright a signé le chèque de 90 000$
Mike Duffy, le sénateur et ancien chef de cabinet du premier ministre Stephen Harper, 
tentait de se frayer un chemin à travers les journalistes présents à l'extérieur du palais de justice d'Ottawa, 
mercredi matin./Photo: PC, Justin Tang
(Cogeco Nouvelles) - Au procès hypermédiatisé de l'ex-sénateur conservateur Mike Duffy, l'ex-bras droit de Stephen Harper, Nigel Wright, a donné les détails qui ont mené au chèque personnel de 90 000$ qu'il a signé à M. Duffy. Une décision qu'il «regrettera toute sa vie».
Le reportage de Philippe-Vincent Foisy
 
 
 
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M. Wright, qui était chef de cabinet du premier ministre entre 2010 et 2013, a raconté avoir expliqué à Stephen Harper son plan pour rembourser M. Duffy et pour gérer les relations médiatiques, mais uniquement dans les grandes lignes. Il lui aurait caché le fait que c’est le parti conservateur qui allait payer les frais de M. Duffy et qu’il allait s’arranger avec les hautes instances du Sénat pour que Mike Duffy soit exempté de l’audit réalisé par Deloitte sur les réclamations de dépenses des sénateurs.
C’est à ce plan que M. Harper aurait donné son feu vert dans un courriel de M. Wright datant du 22 février 2013, le fameux « We are good to go from the PM» qui a fait couler tant d’encre. M. Harper a dû se défendre à la Chambre des communes et lors de ses apparitions publiques depuis le début de la campagne électorale.
Au moment de l’entente entre le clan Duffy et le Cabinet du premier ministre, tous croyaient que M. Duffy devait rembourser uniquement 32 000$, un montant qui serait remboursé à même les fonds du parti, comme c’est le cas avec d’autres membres du caucus qui ont eu des démêlés judiciaires, a expliqué M. Wright. À l’époque, M. Duffy, qui touchait un salaire annuel de plus de 140 000$, avait soutenu qu'il n'avait pas l'argent pour le remboursement.
Or Deloitte a refusé de retirer M. Duffy de son audit et a indiqué qu’en plus de frais de résidences réclamées de façon injustifiée, le sénateur avait été remboursé pour des per diem et des frais de voyagement, portant le montant à quelque 90 000$.
« J’étais furieux », a alors écrit Nigel Wright dans un courriel.
Le sénateur Irving Gerstein, président du Fonds conservateur du Canada et trésorier du Parti, a indiqué à M. Wright que le parti ne pourrait rembourser ce montant. Nigel Wright a donc pris la décision « en quelques minutes » de signer lui-même le chèque de plus de 90 000$, afin de respecter son entente avec le clan Duffy.
« Ça n’allait pas affecter ma fortune ni mon style de vie, a-t-il expliqué au procureur de la Couronne. Mais c’est une décision que je regrette. »
Quelques mois après avoir pris cette décision il a quitté le Cabinet du premier ministre. Ce n’est pas clair si M. Wright a été renvoyé ou a démissionné.
M. Duffy a plaidé non-coupable à 31 chefs d'accusation de fraude, d'abus de confiance et de corruption, en lien avec le scandale des dépenses au Sénat. L’accusation de corruption est directement liée au chèque. Le déclenchement de l’élection a mis fin à sa suspension sans solde du Sénat.
M. Wright qui affirme être le « numéro 1 » dans la hiérarchie au sein du CPM a été blanchi par la GRC. Il a raconté ce matin qu’il a appris par les médias que M. Duffy avait réclamé des dépenses jugées inappropriées, en demandant des remboursements pour une résidence principale à l’Île-du-Prince-Édouard, alors qu’il passait la majorité de son temps dans sa maison d’Ottawa.
L’avocat de M. Duffy, Donald Bayne, plaide que son client a été forcé par M. Wright et l’entourage de M. Harper d’accepter les 90 000$. Il tentera de dépeindre Mike Duffy comme une victime qui ne voulait pas rembourser les sommes réclamées par le Sénat, mais qu’il a été contraint de le faire pour faire taire le tapage médiatique.
La couronne a terminé son interrogatoire. Demain, ce sera au tour de l’avocat de Mike Duffy qui a habitué les journalistes à des contre-interrogatoires minutieux et long.
Réactions politiques
Les chefs néo-démocrate et libéral Thomas Mulcair et Justin Trudeau ont saisi l’occasion aujourd’hui pour attaquer le jugement de Stephen Harper en cette onzième journée de campagne électorale.
« C’est peut-être Nigel Wright qui est à la barre des témoins, mais c’est le procès de Stephen Harper », a lancé M. Mulcair à Lévis.
« Ce procès démontre que les conservateurs vont faire tout ce qu’ils peuvent pour garder leur emploi, a renchéri M. Trudeau, rappelant la promesse de Stephen Harper de ne nommer aucun sénateur. Il l’a brisée 59 fois, en nommant Patrick Brazeau, Pamella Wallin et Mike Duffy. »
De son côté, le premier ministre sortant s’est défendu indiquant qu’il pensait que Mike Duffy rembourserait les sommes lui-même.
« Quand j’ai appris que ce n’était pas le cas, nous avons informé le public et nous avons agi en conséquence », a expliqué M. Harper.
Le procès de qui devait se terminer le 19 juin, se poursuivra jusqu’au 28 aout et pourrait reprendre du 18 novembre au 18 décembre.
(Un texte de Philippe-Vincent Foisy, correspondant parlementaire et La Presse Canadienne)