lundi, août 10, 2015

Élections Canada 2015 Le « double discours » de Thomas Mulcair

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Mise à jour le dimanche 9 août 2015 à 14 h 45 HAE

En ces premiers jours de campagne électorale, il y a un grand danger pour le chef du Nouveau Parti démocratique Thomas Mulcair de se laisser définir par ses adversaires comme un politicien qui ne dit pas la même chose en français et en anglais. Et comme, en politique, les perceptions qu'on laisse s'installer ont le don de devenir la réalité, il lui faut réagir rapidement. Même en août alors que, supposément, personne ne prête attention à la campagne électorale.
Une analyse de Michel C. AugerTwitterCourriel
L'attaque la plus sérieuse est venue pendant le débat des chefs quand Justin Trudeau - à la surprise générale - a décidé d'utiliser son temps de parole pour soulever la possible majorité à un hypothétique référendum sur la souveraineté. Pas si surprenant, au fond, parce que le Parti libéral du Canada et quiconque s'appelle Trudeau peut penser qu'il possède en exclusivité la franchise de l'unité nationale.
Reste que l'accusation est ténue : M. Mulcair a rappelé le 23 juin, à Québec, dans un discours en français que la position de son parti est de reconnaître un verdit référendaire à la hauteur de 50 % plus une voix. Et il n'aurait pas répété le tout en anglais.
On parle ici de la position du NPD depuis une décennie. C'est ce qu'on appelle la Déclaration de Sherbrooke, un héritage de l'ère Jack Layton. On peut d'ailleurs dire qu'elle a plutôt bien vieilli, comme on l'a vu en Écosse, où toutes les parties ont convenu que la seule majorité possible à un référendum démocratique est de 50 % plus un. On n'a pas entendu de voix, dans la communauté internationale, remettre en question son caractère légitime.
Il est aussi vrai, comme M. Mulcair l'a répété plusieurs fois lors du débat, que si on rejette le 50 % plus un, on a le devoir de dire quelle serait la majorité acceptable. Ce que M. Trudeau s'est bien gardé de faire. Mais l'auditoire de M. Trudeau n'allait pas être impressionné par cette omission.
On a beaucoup discuté des questions de majorité référendaire au Québec et le consensus - y compris chez les fédéralistes québécois, comme M. Mulcair - est qu'il ne peut, légalement tout au moins, y avoir d'autre norme que : 50 % plus un.
Mais au Canada anglais, où on préfère ne jamais parler de ces questions inconvenantes, on a vu la loi sur l clarté comme une sorte de rempart absolu qui réglait la question une fois pour toutes. M. Trudeau a tout de suite vu l'avantage à exploiter ce sentiment à son avantage.
Avec le résultat que M. Mulcair peut difficilement se payer le luxe de ne pas réexpliquer, plusieurs fois si nécessaire, sa position sur la question auprès d'un auditoire canadien-anglais qui est beaucoup mois au fait des subtilités du débat sur la souveraineté. Même si, ironiquement, au Québec même, il est vu comme un faucon plutôt qu'une colombe dans ce débat.
Les oléoducs
Autre attaque sur le thème du discours différent en français et en anglais, celui des oléoducs. L'attaque vient, cette fois, du chef du Bloc québécois Gilles Duceppe.
Mais, comme l'a montré clairement une des vérifications des faits de Radio-Canada, M. Mulcair serait plutôt coupable d'avoir une position nuancée sur une question complexe.
La réalité, c'est que le Québec, comme le Canada, n'est pas près de sortir définitivement d'une économie qui dépend du pétrole. Il faut donc se demander si la meilleure façon de l'acheminer est un oléoduc, des superpétroliers pleins de pétrole importé sur le Saint-Laurent ou le transport du brut par train. Une position qui n'est guère différente de celle du gouvernement du Québec.
Or, les lois fédérales touchant l'environnement ont tant été assouplies par le gouvernement Harper qu'une telle évaluation environnementale est désormais impossible par l'organisme qui devrait l'effectuer, soit l'Office national de l'Énergie.
On peut bien dire qu'on est contre tous les oléoducs tout le temps. Mais avant que l'économie québécoise ou nord-américaine ne soit prête à sortir du pétrole, il faudra bien qu'il passe quelque part.
Reste que la perception d'un double discours est en train de prendre racine. Et M. Mulcair peut difficilement faire l'économie de répliquer avant que le dommage soit fait.
De Michael Dukakis à John Kerry, l'histoire politique récente aux États-Unis est pleine de candidats qui ont choisi de ne pas répliquer et qui ont été handicapés définitivement par des accusations parfois totalement non fondées.
Ainsi, en 2004, John Kerry, un héros médaillé de la guerre du Vietnam, avait ainsi été traîné dans la boue et décrit comme un lâche par un groupe d'anciens combattants à la solde de ses adversaires. Il n'a jamais daigné répondre et il n'a pu se défaire de ces accusations du reste de la campagne.
Comme l'américanisation de la politique canadienne est loin d'une vue de l'esprit, M. Mulcair n'a d'autre choix que de confronter ces accusations... et ses accusateurs.