samedi, août 29, 2015

D'ex-élus éclaboussés par le scandale des compteurs d'eau

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Mise à jour le vendredi 28 août 2015 à 21 h 29 HAE

L'ex-président du comité exécutif de Montréal, Frank Zampino, n'aurait finalement pas été le seul membre de ce comité à avoir des rencontres inappropriées avec des ingénieurs et des entrepreneurs alors que la Ville menait à terme le processus d'octroi du gigantesque contrat des compteurs d'eau.
Un texte de Bernard LeducCourriel
Des mandats de perquisitions, effectuées en juillet dernier, indiquent que Claude Dauphin, Sammy Forcillo, Cosmo Maciocia et Francine Sénécal, tous d'anciens membres du comité exécutif sous Gérald Tremblay, auraient eu des rencontres ou participés à des événements sociaux où se trouvaient des individus travaillant pour des firmes et entreprises soumissionnaires.
Or, la Ville interdit aux soumissionnaires de communiquer avec des élus et des fonctionnaires pendant le processus d'appel d'offres.
Précisons que ces personnes ne sont pas accusées et qu'il s'agit d'allégations fondées sur des éléments et des témoignages contenus dans les mandats de la Sûreté du Québec dont Radio-Canada a obtenu copie et qui n'ont pas été éprouvés en cour. Ils sont soupçonnés d'abus de confiance dans le cadre de cette enquête policière.
Golf, lunch, hockey et BBQ
Entre 2006 et 2008, ces quatre personnes auraient eu plusieurs rencontres avec certains des individus travaillant au sein des firmes et entreprises soumissionnaires pour le contrat des compteurs d'eau, au premier chef Rosaire Sauriol.
Ce dernier, à l'époque numéro deux de la firme Dessau, raflera, avec la compagnie Simard-Beaudry de Tony Accurso, le contrat de 356 millions de dollars, avant qu'il ne soit annulé par le maire Gérald Tremblay, à l'automne 2009, dans la foulée du rapport du vérificateur général.
Par exemple, l'agenda de Frank Zampino, saisi par la police, indiquerait que Claude Dauphin, l'actuel maire de Lachine, devait participer, le 29 août 2006, à un tournoi au club de golf Rosemère en compagnie, notamment, de Rosaire et Jean-Pierre Sauriol, patrons de Dessau.
Puis, le 13 février 2007, MM. Dauphin, Maciocia et Forcillo devaient assister à un match de hockey en compagnie de Rosaire Sauriol et Frank Zampino.
Le 27 février 2007, l'agenda de M. Sauriol ferait état d'un lunch avec Claude Dauphin. M. Sauriol, incidemment, aurait aussi eu un lunch avec M. Forcillo le 20 octobre 2006, avec M. Maciocia le 6 novembre suivant, et un souper chez Mme Sénécal le 22 février 2008.
Claude Dauphin, Frank Zampino, Francine Sénécal, Sammy Forcillo et Cosmo Maciocia feraient aussi partie de la liste des invités - comme Rosaire Sauriol - pour les soupers de Noël de 2006 et 2007 aux bureaux de Frank Catania à Brossard (dont la compagnie, Construction Frank Catania, a soumissionné sans succès sur le projet).
Selon l'agenda de Rosaire Sauriol, le 11 mars 2008, M. Zampino, ainsi que les quatre élus, étaient conviés au Centre Bell.
Et le 27 juin 2008,  selon l'agenda de Frank Zampino, MM. Forcillo, Dauphin, Maciocia et Francine Sénécal auraient été du BBQ annuel chez Frank Zampino où se seraient trouvés, aussi, Rosaire Sauriol et Paolo Catania.
Selon le mandat de perquisition concernant M. Forcillo, il est allégué qu'il s'impliquait quotidiennement dans la gestion du projet des compteurs d'eau. « La supervision du dossier relevait de lui », est-il écrit.
Joint par Radio-Canada, Claude Dauphin ne nie pas, pour sa part, avoir fréquenté ces gens, mais affirme n'avoir jamais rien eu à voir avec le fameux contrat.
« Le dossier des compteurs d'eau, ni de près ni de loin, je m'en suis occupé. »— Claude Dauphin

Rosaire Sauriol et Frank Zampino
Rosaire Sauriol et Frank Zampino
Beaucoup de rencontres et peu d'aveux
Devant la commission Charbonneau, l'entrepreneur Tony Accurso a nié toute forme de collusion dans le cadre du contrat des compteurs d'eau. Il affirmait qu'il n'y avait aucun lien entre l'obtention du contrat et les deux séjours que l'ex-président du comité exécutif de la Ville, Frank Zampino, avait faits sur son bateau, le Touch, avant et après son octroi en novembre 2007.
Il a affirmé que M. Zampino n'aurait rien pu faire pour aider Dessau et Simard-Beaudry à remporter le contrat, même s'il l'avait voulu.
M. Zampino a aussi affirmé à la commission que ses deux séjours sur le Touch n'avaient rien à voir avec l'attribution du contrat des compteurs d'eau et démenti tout rôle dans un quelconque système de collusion. 
Frank Zampino a quitté ses fonctions à la Ville à l'été 2008 et joint, peu après, la firme Dessau, qu'il est contraint de quitter, l'année suivante, lorsqu'éclate dans le grand public, le scandale du Touch.
Rosaire Sauriol, qui était aussi de ces deux voyages, a soutenu pour sa part, devant la commission que Frank Zampino,« l'homme le plus puissant de Montréal », dirigeait le système de collusion mis en place pour répartir d'importants contrats d'infrastructures entre les firmes de génie.
M. Sauriol assurait cependant, d'un même souffle, que le contrat des compteurs d'eau avait été accordé en libre compétition.
La commission a pu établir que M. Sauriol, qui a admis avoir participé à ce système de collusion, entretenait des liens avec Frank Zampino, Tony Accurso et Paolo Catania.
Avec la collaboration de Marie-Maude Denis et Éric Plouffe