samedi, juillet 18, 2015

Les États-Unis et Cuba rouvrent leurs ambassades

http://www.journaldemontreal.com/


Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez serre la main de la sénatrice américiane Susan Collins.

RAMON SAHMKOW / AFP
MISE à JOUR 
Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez serre la main de la sénatrice américiane Susan Collins.  WASHINGTON - Les États-Unis et Cuba formaliseront lundi le rétablissement de leurs relations diplomatiques avec la réouverture de leurs ambassades à Washington et La Havane, après plus d'un demi-siècle de rupture.
Pour la première fois depuis 1961, quand les relations entre les deux voisins furent rompues, le drapeau cubain flottera sur la grande villa de pierre calcaire un peu délabrée de la 16e Rue de Washington, qui abrite aujourd'hui la section d'intérêts de Cuba aux États-Unis.
Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, fera le déplacement pour la cérémonie, à laquelle 500 personnes devraient assister. Une plaque sera dévoilée officialisant le nouveau statut d'ambassade.
Ce sera la première visite d'un chef de la diplomatie cubaine à Washington depuis 1959. Bruno Rodriguez se rendra ensuite quelques kilomètres plus au sud dans le centre de Washington pour rencontrer son homologue américain, John Kerry, au département d'État. Là aussi le drapeau cubain sera hissé, au milieu de ceux de tous les pays où Washington dispose d'une ambassade.
À La Havane, le bâtiment qui abrite la représentation diplomatique américaine sera transformé en ambassade au même moment, mais sans cérémonie officielle, en attendant un possible déplacement de John Kerry.
Le rapprochement est le fruit de «ce nouvel esprit pragmatique qui façonne le climat» entre les deux pays, dit à l'AFP Ted Piccone, spécialiste de Cuba au centre de réflexion Brookings Institute.
Le 17 décembre, les présidents américain et cubain avaient annoncé simultanément, à la surprise générale, le rapprochement entre leurs deux nations, des annonces suivies de plusieurs mois de négociations.
La réouverture des ambassades correspond, selon Raul Castro, à la conclusion de «la première phase» de la normalisation, un processus qui bute encore sur l'embargo commercial américain contre l'île, décrété en 1962 par John F. Kennedy et que le Congrès américain, dominé par des républicains très hostiles, est le seul habilité à lever.
Le 20 juillet lancera «une nouvelle phase, longue et complexe, vers la normalisation des relations, qui nécessitera de la volonté pour trouver des solutions aux problèmes qui se sont accumulés pendant plus de cinq décennies et qui affectent les liens entre nos pays et nos peuples», a dit Raul Castro mercredi.
Les sujets de coopération bilatérale ne manquent pas: aviation civile, environnement, lutte contre le trafic de drogue, accès des entreprises américaines au marché cubain...
Des diplomates plus libres
Selon Ted Piccone, Washington veut se rapprocher du gouvernement cubain pour participer in fine au développement de la société cubaine, tandis que La Havane a besoin du «moteur économique» américain pour «actualiser son modèle socialiste sans avoir à faire de réformes politiques».
«Les deux approches ont des points communs, mais aussi des grandes différences, et la confiance sera essentielle pour aller de l'avant», dit l'expert.
La fin du statu quo diplomatique, si elle ne lèvera pas toutes les restrictions pour l'ambassade américaine à La Havane, est en soi une amélioration, a expliqué Roberta Jacobson, sous-secrétaire d'État à l'Amérique latine.
La présence policière sera réduite autour de l'énorme bâtiment, construit en 1953 sur le célèbre front de mer de Malecon, les visiteurs ne seront plus filtrés par les Cubains, et l'inviolabilité de la valise diplomatique devra être respectée, a-t-elle dit.
Alors qu'il y a dix mois, une telle liberté était impensable, désormais les diplomates américains seront libres de leurs mouvements et pourront rencontrer qui ils veulent dans la société cubaine, sans autorisation du gouvernement. Même chose pour les Cubains aux États-Unis.
Le rapprochement diplomatique dopera la confiance envers les entreprises américaines, qui n'auront plus l'impression d'être en «terre inconnue», sans protection légale, dit à l'AFP Pedro Freyre, conseiller juridique d'entreprises américaines à Cuba.
Déjà, les restrictions sur les voyages ont été assouplies, bien que les touristes américains ne soient toujours pas libres de se rendre individuellement à Cuba.
La compagnie aérienne JetBlue commencera cet été un vol charter hebdomadaire entre New York et La Havane, Airbnb a ajouté Cuba à son catalogue, et les États-Unis ont commencé à accorder des licences pour le transport de passagers par ferry vers Cuba. Les premiers bateaux pourraient partir en septembre ou octobre de Floride, à 150 km de l'île.