lundi, juin 29, 2015

Salade grecque

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Richard Martineau
C’est fou tout ce qu’on peut lire sur la Grèce depuis quelque temps.
À en croire certains commentateurs, le pays qui a vu naître les Jeux olympiques est une pauvre victime des requins de la finance internationale, un martyr du capitalisme, un accidenté de la société de consommation prêt à être dévorée par les vautours sans foi ni loi du néolibéralisme...
DROIT DANS LE MUR
Au risque de casser le party de Gabriel Nadeau-Dubois et de ses joyeux camarades, les Grecs n’ont qu’eux-mêmes à blâmer pour leur malheur.
Personne ne les a obligés à s’endetter de la sorte. Ils l’ont fait parce que ça faisait leur affaire de vivre au-dessus de leurs moyens. C’est leur choix.
«On est endetté jusqu’aux yeux? Bof, on s’en fout, quand une carte de crédit est pleine, tu en prends une deuxième pour payer la première et une troisième pour payer la deuxième qui paie la première, et ainsi de suite...»
C’est plate, mais c’est la triste vérité: la Grèce récolte ce qu’elle a semé.
Elle a ignoré le mur qui s’en venait... puis elle est rentrée dedans de plein fouet.
Les experts estiment que la dette publique de la Grèce frôle les 350 milliards d’euros – soit 175% de son PIB.
Quant à l’économie souterraine du pays, elle dépasse 20% du PIB.
Non seulement les gouvernements successifs du pays n’ont-ils eu de cesse de creuser encore plus la dette
(allant même jusqu’à tripatouiller leurs livres avec l’aide de la firme Goldman Sachs), mais la corruption, la fraude fiscale et le travail au noir gangrènent les finances publiques de la Grèce depuis des décennies, pour ne pas dire des siècles.
Le pays s’endette et les travailleurs ne paient pas d’impôts – un cocktail explosif qui a fini par leur péter en pleine figure.
Et après ça, les Grecs se tournent vers l’Union européenne et crient: «Bouhouhou, nous sommes dans la merde. Bouhouhou, venez à notre secours...»
OBÉSITÉ MORBIDE
Autre maladie chronique de la Grèce: le système souffre d’obésité morbide.
Des fonctionnaires en veux-tu, en v’là! Selon certains économistes, on compterait près de 850 000 employés dans la fonction publique grecque!
Un monstre épouvantable, qui ferait passer notre fonction publique pour une anorexique. Il y a quatre ans, alors que le gouvernement grec promettait à l’Union européenne qu’il allait imposer un régime-minceur à sa fonction publique, l’État embauchait en secret 80 000 fonctionnaires supplémentaires.
Entre 1976 et 2009, le nombre de fonctionnaires a augmenté de 150%.
Le premier ministre socialiste Georges Papandréou avait à lui seul 120 conseil­lers!
Et après ça, les Grecs se demandent pourquoi ils se retrouvent sur la paille... Duh!
Récemment, les autorités grecques chargées de débusquer les fraudeurs ont découvert que des centaines de personnes décédées il y a cinq ans et plus continuaient à percevoir leur retraite!
Mais il n’y a pas de problème en Grèce, nooon... Tout est de la faute des banques.
PLUS HAUT, PLUS LOIN
Ajoutez à cela les sommes colossales dépensées pour les Jeux d’Athènes de 2004 (13 milliards d’euros) et vous avez un pays en faillite.
Et tout ça serait la faute «des autres»?