jeudi, juin 11, 2015

Québec présente un large bouquet de mesures pour lutter contre la radicalisation

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Publié par La Presse Canadienne le mercredi 10 juin 2015 à 17h46. Modifié par Jacques Thériault à 18h26.
Québec présente un large bouquet de mesures pour lutter contre la radicalisation
La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée / PLQ
MONTRÉAL - Le gouvernement Couillard a présenté mercredi à Montréal une série de mesures visant à lutter contre la radicalisation des jeunes qui, à défaut d'identifier une cible précise, dénotent une tentative d'intervention sur tous les axes possibles en même temps.
Parallèlement, la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, déposait à l'Assemblée nationale un projet de loi visant à soutenir cette lutte par des moyens législatifs.

Le projet de loi, qui vise les propos haineux et l'incitation à la violence, vient également sanctionner les mariages forcés et les soi-disant «crimes d'honneur».

Quant aux mesures non législatives, une soixantaine sont contenues dans le plan d'action dévoilé par la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, sa collègue de l'Immigration, Kathleen Weil, et le maire de Montréal, Denis Coderre.

Les quatre grands axes du plan — et ses objectifs — sont de se doter de la capacité d'intervenir lorsqu'une situation présente des risques pour la sécurité, de prévenir la radicalisation, de détecter les signaux de comportements radicaux et d'améliorer l'intégration des minorités.

Cependant, l'Observatoire sur la radicalisation que les libéraux s'étaient engagés à mettre sur pied lors de la dernière campagne électorale ne fait pas partie des mesures annoncées par le gouvernement Couillard.

Les mesures d'intervention sont surtout concentrées sur la collaboration et la formation des forces policières. Celles-ci sont aussi impliquées dans les autres axes, par exemple du côté de la détection, avec la création d'une équipe policière de vigie des réseaux sociaux, vecteur de recrutement et de radicalisation privilégié par les extrémistes.

«Nous souhaitons ainsi augmenter la capacité de détection et d'anticipation des menaces afin d'identifier rapidement et efficacement les personnes qui pourraient poser un risque à notre sécurité», a fait valoir la ministre Thériault, qui s'est toutefois réfugiée derrière le besoin de discrétion sur les méthodes d'enquête lorsqu'elle a été invitée à expliquer comment cette équipe pourrait équilibrer la surveillance et le respect de la vie privée.

Bien que le plan d'action évite soigneusement de mentionner la communauté musulmane, celle-ci est clairement au coeur des préoccupations dès que le plan aborde la prévention.

Ainsi, par exemple, la première mesure de prévention consiste à lancer une recherche-action sur la radicalisation chez les jeunes en partenariat avec le collège Maisonneuve, celui-là même d'où étaient issus les jeunes qui ont quitté ou tenté de quitter le Québec pour aller faire le djihad en Syrie.

L'imam Omar Koné, qui était présent pour cette annonce, a dit croire qu'il aurait été préférable d'aborder la question de l'islam radical de front.

«J'aurais voulu entendre peut-être parler un peu plus de l'implication de la communauté (...) qui est d'abord la première victime de cette radicalisation, d'abord à travers ses enfants et, par la suite, à travers toute la stigmatisation qui s'ensuit», a-t-il indiqué à l'issue de la conférence de presse.

L'imam, reconnu pour ses positions modérées, a ajouté qu'il aurait aussi préféré «des mesures peut-être un peu plus pragmatiques. J'ai un jeune qui se radicalise, je fais quoi avec? Je ne peux pas simplement l'atteindre avec des mesures sociales», a-t-il fait valoir.

Un des outils au coeur de la démarche gouvernementale est le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, mis sur pied il y a trois mois par la Ville de Montréal et dont l'objectif est de recevoir et traiter les signalements de parents, amis ou autres qui constatent ou soupçonnent une radicalisation de leurs proches.

«J'ai un parent qui est inquiet, qui a vu que son enfant a commencé à changer, qui a changé de groupe d'amis, qui change son apparence, qui ne tient plus les mêmes propos qu'il tenait. Il n'est plus aussi ouvert qu'il était. Ce parent est terriblement inquiet», a illustré Lise Thériault, indiquant que ce parent pourrait désormais se tourner vers le Centre, ce qui permet à la fois d'éviter d'impliquer automatiquement des policiers et de fournir des ressources adéquates.

«Il y a un professionnel, des services de la santé ou des services sociaux, qui va être en mesure de répondre à ses questions. Ce qu'on vise, c'est de prévenir et de détecter», a ajouté la ministre.

Québec ajoute donc 1 million $ au financement du Centre et annonce l'implantation d'une ligne téléphonique qui le rend accessible de partout au Québec.