mercredi, juin 10, 2015

Que se passe-t-il chez les souverainistes?

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POL-FUNÉRAILLES PARIZEAU
MAXIME DELAND/AGENCE QMI

Mathieu Bock-Coté
Apparemment, Gilles Duceppe s’ennuyait et Mario Beaulieu conduisait son parti à l’extinction électorale. Mario Beaulieu était et est encore un ouvrier exemplaire de l’indépendance, un militant admirable et pugnace. S’il n’en reste qu’un, ce sera celui-là. Il faut des hommes pour garder les idéaux quand tout le monde les déserte, il en faut aussi pour tenir le fort quand les troupes sont déprimées. Ce n’était toutefois pas un chef politique, encore moins un chef de parti.
Mais qui aurait pu prévoir le coup de tonnerre d’hier? Gilles Duceppe redeviendra chef du Bloc. À ce qu’on dit, la manœuvre se préparait depuis une dizaine de jours. Elle bouleverse quand même la vie politique et laisse croire que le Bloc québécois comptera dans la prochaine campagne. Ceux qui avaient largué le Bloc se demanderont s’il n’est pas temps pour eux d’y revenir. Il n’est pas certain qu’ils le feront. Mais à tout le moins, ils l’envisageront.
Qu’on soit ou non un fidèle de Gilles Duceppe, et qu’on accumule ou non les désaccords avec lui, il ne fait nul doute que les Québécois le considèrent comme un homme politique d’envergure et qu’il l’est. La plupart des souverainistes connaissent la vie politique québécoise à partir de ses enjeux provinciaux. Duceppe la connait par ses enjeux fédéraux. C’est un savoir précieux, surtout si les souverainistes se préparent vraiment à reprendre l’offensive.
Une chose est certaine, le retour de Gilles Duceppe nous envoie un signal clair: il se passe quelque chose dans le camp souverainiste. Comme s’il se remettait en mouvement pour sonner le rappel pour une ultime bataille, celle de la dernière chance, même s’il est toujours présomptueux de croire jouer une fois pour toutes le destin d’un peuple. Les Québécois seront-ils sensibles à cet appel à un ultime sursaut? S’agit-il d’une renaissance ou d’un dernier spasme?
L’élection de Pierre Karl Péladeau a bien évidemment annoncé ce redressement. Désormais, les souverainistes ne fuiront plus leur option et placeront les Québécois devant leurs responsabilités. Évidemment, on ne tient pas de référendum si on ne croit pas avoir rassemblé les conditions gagnantes pour le tenir. Mais toute la question est de savoir si la grande clarté indépendantiste et le volontarisme sont des conditions gagnantes. PKP semble croire que c’est le cas.
Comment ne pas voir que la mort de Jacques Parizeau a remué les consciences profondément, en réveillant certaines aspirations enfouies et en nous révélant, par effet de contraste, notre impuissance actuelle. Combien sont-ils à avoir ressenti, d’une manière ou d’une autre, un appel intime depuis une semaine? L’histoire, en s’invitant dans l’actualité, nous a confirmé la terrible insignifiance de notre présent. Peut-être réveillera-t-elle le sens de l’honneur national?
Jean-Martin Aussant a marqué les funérailles de Jacques Parizeau. Non seulement son témoignage était émouvant, mais il était lourd de sens. Il en a appelé à la fin de tous les exils. Laissait-il ainsi comprendre que les souverainistes devaient désormais se rassembler, revenir au bercail, s’unir et foncer? Était-ce un message à ses amis d’Option nationale et aux indépendantistes égarés chez QS? À tout le moins, il annonçait clairement son retour au pays.
La vie politique trouve souvent un écho profond dans la vie intellectuelle. Le sociologue Jacques Beauchemin publiait hier La souveraineté en héritage, un ouvrage magnifique, dans lequel il cherche à dégager le sens de l’actuelle conjoncture historique. Son livre, beau et sombre, laisse comprendre que les Québécois sont à l’heure des choix. Qu’ils ne peuvent plus se dérober et avoir le courage de la liberté. Il s’agit pour les Québécois d’exister ou de s’effacer de l’histoire.