mercredi, juin 10, 2015

Nos exils

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PHOTO ANNIE T ROUSSEL / AGENCE QMI

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Hier, J’ai regardé, émue, les funérailles de mon Premier ministre Jacques Parizeau. Entendre chanter Claude Dubois et son « Si dieu existe » me donne des frissons à chaque fois. On dira ce que l’on voudra de l’homme, mais il faudra se lever tôt pour critiquer la puissance et la justesse de sa voix. 
Il y a eu d’autres belles voix à la cérémonie d’hier. L’une d’elles portait un magnifique témoignage, celle de Jean-Martin Aussant, héritier intellectuel de Monsieur Parizeau. Il termina sa prise de parole en annonçant « la fin des exils, autant géographiques qu’intellectuels », comme pour annoncer son retour à la politique québécoise ou pour annoncer celui de Duceppe, au Bloc... Comme pour affirmer que lorsqu’une porte se referme, aussi gigantesque soit-elle, d’autres continuent de s’ouvrir. Étrange quand même qu’en quelques jours, la famille indépendantiste vive autant de soubresauts. C’est dans le chaos que naissent les étoiles, dit-on. 
Est-ce que le retour de Duceppe annonce la nouveauté, la fraîcheur politique ? Je ne mentirai pas en disant que cela manque de... renouvellement, disons. Après la vague de reprises de films et de chansons, nous en sommes maintenant au recyclage de politicien. J’ai écrit en 2011 que le Bloc se comportait en filière du NPD et que les Québécois lui préfèreraient l’original. Je pense encore que ç’a été une grossière erreur lors de la dernière campagne de Gilles Duceppe. J’espère que son équipe veillera justement à ne pas faire les mêmes erreurs qui lui ont coûté sa vigueur en 2011.
Duceppe sera par contre entouré d’une équipe de candidats pleine de promesses. Je pense entre autres au comédien Denis Trudel, orateur de talent, à Gabriel Sainte-Marie, brillant jeune professeur et économiste ou à Xavier Barselou-Duval, jeune professeur de comptabilité. Lorsque j’entends que l’indépendance ne serait plus qu’une vielle barouette rouillée, c’est à ceux-là, et à plusieurs autres, que je pense. Alors que le Bloc est si bas dans les sondages, ils se sont lancés dans leurs investitures il y a quelques semaines, porteurs d’un espoir et d’une énergie vivifiante, colorée. Ils sont chargés d’audace, et ils ne sont pas seuls. 
***
En écoutant Jean-Martin Aussant, j’ai eu l’impression que l’exil des indépendantistes était réel. Nous sommes en séjour obligé, loin du pays où nous avons racines, où nous avons traditions, où nous avons légendes, où nous existons. Ce pays que bâtissaient les Lévesque, Parizeau, Laurin, Garon, etc. Une génération de politiciens idéalistes nous quitte, mais d’autres se lèvent. Inspirées par ce rêve d’exister qui n’est pas seulement celui des aïeux. Nous arriverons là où nous sommes déjà, écrivait Gaston Miron. 
Jacques Parizeau aurait aimé nous laisser «La souveraineté en héritage » comme l’indique le titre du dernier livre du sociologue Jacques Beauchemin, paru hier aux Éditions du Boréal. Beauchemin évoque, dans l’introduction de son livre qu’« il est possible que nous manquions notre rendez-vous avec l’histoire. Il appartient à ceux qui, comme moi, s’en inquiètent de le dire. » Ce livre ne pouvait pas tomber mieux, avec l’effervescence des derniers jours. Comme Beauchemin, je suis inquiète, évidemment, de voir que le rêve de Parizeau et de millions de Québécois pourrait s’effriter. Mais la poussière de rêve peut aussi s’envoler aux quatre vents, se poser et croître là où on ne le croyait plus.
La souveraineté en héritage, c’est peut-être finalement ce que Parizeau aura semé en nous. Poursuivons ce rêve qu’il nous a légué.