mardi, juin 16, 2015

Les mécaniciens des cours d’histoire

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Mario Dumont
Dans l’immense flot de ce qui a été dit et voté au Congrès des membres du PLQ, Philippe Couillard a prononcé un discours peu banal sur l’enseignement de l’histoire. Selon lui, les jeunes Québécois connaissent mal l’histoire de leur pays, le Canada.
Le chef du Parti libéral semble même voir un complot indépendantiste sous-jacent à l’enseignement de l’histoire au Québec. « On voudrait nous faire oublier ces moments ». C’est ainsi qu’il a décrit l’insuffisante insistance dans les cours d’histoire sur la collaboration entre La Fontaine et Baldwin.
C’est loin d’être la première fois qu’un leader politique exprime une volonté de « renforcer » l’enseignement de l’histoire avec une connotation politique. Des gens du Parti québécois ont joué maintes fois dans ce film, avec une intention à peine voilée de mettre mieux la table pour l’option souverainiste.
La tentation partisane
Quel que soit le parti, la tentation de jouer dans l’enseignement de l’histoire avec une arrière-pensée politique me déplaît au plus haut point. Le but de l’école n’est pas de former en série de parfaits petits souverainistes ni de sages petits fédéralistes. L’école doit former des citoyens éclairés et informés, capables de se forger leur propre opinion et de participer au débat public.
Il y a beaucoup de travers disgracieux à voir des gens de la politique débarquer avec leur coffre à outil partisan pour faire du bricolage dans les cours d’histoire. D’abord, il y a une vision de l’éducation et de l’école qu’on pourrait instrumentaliser à des fins politiques. Détestable tentation. Sur la politique, le syndicalisme, l’écologie, nos enfants ne devraient pas être soumis à des idéologies absolutistes, pas plus que les cours d’histoire ne devraient être politiquement orientés.
Le fait d’affirmer dans un discours à teneur hautement politique que l’histoire est mal enseignée trahit aussi cette horrible croyance que ceux qui ne pensent pas comme vous le font par ignorance. On a entendu cela mille fois parmi les indépendantistes. Si une personne connaît vraiment bien son histoire, cela va de soi qu’elle voudra voir le Québec devenir souverain. Ce raisonnement fallacieux semble maintenant être repris à sa manière par le fédéraliste Philippe Couillard.
Intervention malsaine
Si ces façons étroites de penser m’énervent, le processus par lequel un gouvernement irait jouer dans les cours d’histoire m’horripile encore davantage. Comment s’y prendre? Nommer des gens qui pensent comme Philippe Couillard à des postes stratégiques du ministère de l’Éducation, avec une mission secrète de jouer dans les cours d’histoire. Former un comité bidon de supposés sages, tous biaisés du même côté pour pousser ta conclusion?
Tout cela constitue un processus vicié. Laissons donc le contenu pédagogique à l’abri des fièvres partisanes.
Il faut quand même retenir de ce discours que Philippe Couillard parle du Canada comme aucun chef du PLQ ne l’a fait depuis des décennies. Ses prédécesseurs jouaient la carte nationaliste, la défense des intérêts du Québec à l’intérieur du Canada. L’actuel chef libéral défend le Canada. Il exprime sans complexe sa vision canadienne. Puisqu’il s’intéresse à l’histoire ces jours-ci, c’est l’occasion de lui rappeler que le Québec n’a toujours pas signé la Constitution de 1982...