mardi, juin 02, 2015

Jacques Parizeau s'est attribué la défaite référendaire de 1995

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   Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Jacques Parizeau
Jacques Parizeau  Photo :  Radio-Canada

« Vous faites le mauvais choix, mais je vous l'ai offert », a déclaré Jacques Parizeau à son éventuel chef de cabinet Jean Royer au moment de son embauche. Jeune étudiant, M. Royer venait de choisir de prendre du service au ministère des Finances, à l'invitation de M. Parizeau, qui lui avait également offert la possibilité de poursuivre ses études.
« Allez vous faire raser la barbe, vous faire couper les cheveux et allez vous acheter une cravate. Vous commencez lundi », a ajouté M. Parizeau pour lui souhaiter la bienvenue à bord.
M.Royer croit que la politique n'a jamais été le premier choix de M. Parizeau, mais qu'il savait que c'était le seul moyen de faire avancer la souveraineté du Québec. « L'essence de son engagement », confie l'homme qui l'a côtoyé pendant quelque 40 ans.
Jacques Parizeau savait que l'Accord du lac Meech serait un échec. « Je connais assez bien le Canada pour savoir que Meech ne passera pas », a déclaré M. Parizeau, selon M. Royer. C'est ainsi qu'il a élaboré une stratégie référendaire, sur les cendres de l'accord du Lac-Meech qui n'était toujours pas consumé.
La soirée référendaire de 1995, M. Royer l'a vécue de l'intérieur, au sein de la garde rapprochée de M. Parizeau. Ayant prévu une courte victoire du camp du « Oui », M. Royer soutient que le chef souverainiste, constatant l'avance de son option, entrevoyait son rêve, le sens de son engagement. « Il voyait la souveraineté se réaliser », soutient M. Royer.
C'est également M. Royer qui a prévenu - à l'avance - le changement de tendance en fin de soirée. « Je lui ai dit, « il va nous en manquer », se remémore M. Royer. Il ne m'a pas cru. Quand c'est tombé sur les réseaux [de télévision], il a changé physiquement. » Sa vision lui échappait.
« C'était comme sa défaite à lui, confie M. Royer. Il se l'attribuait à lui. »
La colère s'est emparée de M. Parizeau, relate son ancien chef de cabinet, la voix défaillante, encore ému. « Je m'en suis toujours voulu », confie M. Royer au sujet de son discours de défaite référendaire et sa déclaration sur « l'argent et le vote ethnique ». « J'aurais essayé de l'en empêcher », explique humblement M. Royer qui avait quitté les lieux un peu plus tôt.
M. Parizau a refusé de prendre le discours que lui avait rédigé Jean-François Lisée et il a eu la déclaration qui le suivra pour le reste de sa vie.
Au lendemain de la défaite, M. Royer a demandé au premier ministre québécois s'il souhaitait revenir sur ses propos. « Non, je vais assumer ce que j'ai dit », lui a répondu M. Parizeau.
« De toute façon, je l'ai dit et je vais l'assumer. »— Jacques Parizeau

M. Parizeau a longtemps refusé de revenir sur cette déclaration. « Il aurait souhaité que le Québec passe l'éponge », se rappelle la journaliste et réalisatrice Francine Pelletier, qui l'a côtoyé pendant deux ans, au début des années 2000 pour la réalisation du documentaire « Monsieur ».
« Pierre Elliott Trudeau a mis des centaines de Québécois en prison et, pourtant, c'est un grand homme. Moi, je me suis échappé un soir et je suis un moins que rien. »— Jacques Parizeau

Mme Pelletier attribue la déclaration de M. Parizeau à la colère et non à un état d'ébriété comme la rumeur l'a colportée. « Il n'a jamais voulu revenir sur cette déclaration », déplore Mme Pelletier qui soutient que l'orgueil de l'homme a fait en sorte que l'événement le suive jusqu'à sa mort. « On a perdu un grand homme d'État ce soir-là », estime Mme Pelletier.