mercredi, juin 10, 2015

Jacques Parizeau 1930-2015 « Je vous aime, Monsieur Parizeau » - Jean-Martin Aussant

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Mise à jour le mercredi 10 juin 2015 à 0 h 16 HAE
Lizette Lapointe

Le Québec a rendu un dernier hommage au défunt premier ministre québécois Jacques Parizeau, maintenant conduit vers son dernier repos. Des dizaines de personnalités politiques et de proches du leader souverainiste ainsi que des centaines de citoyens s'étaient réunis en l'église Saint-Germain d'Outremont de Montréal pour un dernier au revoir. 
Une foule, relativement nombreuse, réunie devant l'église, a pu suivre la cérémonie grâce à un écran géant installé à l'extérieur. Plusieurs citoyens brandissaient le fleurdelisé.
La cérémonie religieuse, qui était présidée par l'archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, a été ponctuée par les hommages rendus par l'ex-chef d'Option nationale Jean-Martin Aussant, un ami du défunt, ainsi que par le premier ministre Philippe Couillard et le recteur de l'Université de Montréal, Guy Breton.
« Je vous aime, Monsieur Parizeau »
« Je ne lui aurai jamais dit moi-même ce que le Québec entier ne lui a pas assez dit : ''je vous aime, M. Parizeau'' ». C'est avec des trémolos dans la voix que Jean-Martin Aussant, l'ex-chef du parti indépendantiste Option nationale, maintenant installé à Londres, a parlé de Jacques Parizeau à la foule recueillie, l'homme qu'il a toujours admiré, un géant respecté par-delà les frontières.
« S'il est une chose que son départ devrait amener, c'est la fin des exils... de tous les exils. Qu'ils soient géographiques ou intellectuels, il faut que nous fassions tous notre part, chacun à notre façon, à la construction de cette société pour laquelle il a tant travaillé. »— Jean-Martin Aussant, ami et ex-chef du parti Option nationale

« Toujours en complet, toujours sans complexe ». C'est en ces termes que M. Aussant se rappelle l'ancien premier ministre du Québec. Faisant allusion aux origines bourgeoises de Jacques Parizeau, il l'a décrit comme le fils du 1 % qui a consacré sa vie aux 99 %.
« Conscient que l'éducation était la clé de tout progrès économique, technologique ou social, Jacques Parizeau était pédagogue jusqu'au bout des doigts », a poursuivi M. Aussant.
Jacques Parizeau « méritera son monument pour avoir construit du beau », dira encore Jean-Martin Aussant.
« Il existe des révolutions pacifiques et tranquilles, il nous l'a bien prouvé, lui le révolutionnaire dans le sens le plus constructif du terme. »— Jean-Martin Aussant, ami et ex-chef du parti Option nationale

Le premier ministre du Québec Philippe Couillard a, de son côté, rendu hommage à l'un des « visionnaires au coeur de la transformation historique du Québec » lors de la Révolution tranquille et à un « professeur dans l'âme » qui « voulait convaincre en enseignant ».
« Le Québec se souvient et se souviendra, avec d'autres grands bâtisseurs de notre nation. Vous appartenez maintenant à l'histoire. »— Philippe Couillard

« Enseigner, c'était l'autre feu qui le brûlait » - Guy Breton 
Évoquant le combat de Jacques Parizeau pour « voir les Québécois, les francophones maîtriser les leviers de la finance et de l'économie », Guy Breton, recteur de l'Université de Montréal, a souligné que « son impact a été tel qu'on pourrait aisément dire qu'il a été l'artisan de deux révolutions tranquilles, celle de l'État moderne et celle de l'émergence de toute une classe, d'une cohorte d'entrepreneurs financiers francophones ».
« Jacques Parizeau, comme professeur, a signifié la fin de cette idée des Québécois nés pour un petit pain. »— Guy Breton, recteur de l'Université de Montréal

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Toute la classe politique, d'hier à aujourd'hui, s'est recueillie
Six anciens premiers ministres du Québec étaient présents, soit Pierre-Marc Johnson, Daniel Johnson, Lucien Bouchard, Bernard Landry, Jean Charest et Pauline Marois, ainsi que le chef péquiste, Pierre Karl Péladeau, le chef de la CAQ, François Legault, et les députés de Québec solidaire Françoise David et Amir Khadir.
Sur la scène fédérale, les chefs néo-démocrates et libéraux, Thomas Mulcair et Justin Trudeau, étaient présents, tout comme le ministre Denis Lebel, qui représente le gouvernement Harper.
Gilles Duceppe, qui devrait annoncer mercredi son retour à la tête du Bloc québécois, a été chaudement applaudi par la foule à son arrivée, tout comme l'a été Pierre Karl Péladeau.
Avec ses 875 places, l'église Saint-Germain d'Outremont est beaucoup plus petite qu'une cathédrale, où se tiennent le plus souvent des cérémonies du genre. Selon le chef du protocole du gouvernement, Claude Pineault, ce choix est celui de M. Parizeau, qui « désirait une église qu'il fréquente, qu'il aime ».
M. Parizeau a laissé des instructions claires sur la façon dont il voulait voir se dérouler ses funérailles, mais selon M. Pineault, elles sont très peu nombreuses. « Tout ça est teinté d'une trame de fond très claire, c'est la sobriété, la simplicité, la proximité », a-t-il précisé.
Le drapeau du Québec a été mis en berne sur la tour centrale du parlement, sur tous les édifices publics du gouvernement du Québec, des municipalités ainsi que des représentations du Québec à l'étranger et des bureaux du Québec au Canada, et ce, jusqu'au crépuscule du jour des funérailles.
De nombreux politiciens ont salué la contribution de Jacques Parizeau au développement du Québec avant la cérémonie : 

Bernard Landry, ex-premier ministre du Québec : « J'ai toujours été ébloui par son intelligence, d'une part, et sa science. C'est le meilleur économiste que j'ai rencontré dans ma vie, ici en tout cas. [...] C'était un révolutionnaire démocratique et pacifique. [...] Ce concert [d'éloges qu'il reçoit] est extraordinaire et nous console de son départ. C'est juste, l'hommage qu'on lui rend. Son oeuvre est immense. »

Pauline Marois, ex-première ministre du Québec : « C'est un homme pour lequel j'avais une grande admiration. Ce que je retiens de lui, c'est qu'il aura changé le visage du Québec. Il fait partie de ce tout petit groupe de personnes qui aura eu une influence énorme sur l'entrée du Québec dans sa modernité, et en particulier évidemment sous l'angle économique, mais aussi sur l'angle des grandes institutions et des politiques sociales. »

Sylvain Gaudreault, député péquiste :« C'est une inspiration quant aux convictions, la nécessité de garder ses convictions en politique. D'avoir un idéal, de travailler pour ça. Aussi au niveau de l'organisation, le respect des militants, la mobilisation. Pour moi, ça a été quelqu'un qui m'a beaucoup influencé dans ma façon de faire de la politique. »

Nicolas Marceau, ex-ministre péquiste : « Son legs économique est formidable. Il a fait naître toute une génération de gens qui ont pris possession de l'économie québécoise. [...] Le legs politique, c'est de nous avoir amené à la porte de la souveraineté [...] au bord de réaliser le rêve qu'il avait, que j'ai et que plusieurs ont. C'est un rêve inachevé. »

Françoise David, co-porte-parole de Québec solidaire : « M. Parizeau disait exactement ce qu'il pensait. Ça ne pouvait pas faire l'affaire de tout le monde. Mais au moins, on avait devant nous un homme honnête, et un homme sage à bien des égards. Particulièrement ces dernières années, M. Parizeau était comme le bon vin; je trouvais qu'en vieillissant, il s'améliorait sans cesse. »

Thomas Mulcair, chef du Nouveau Parti démocratique : « C'est un grand homme d'État qui a passé toute sa vie à essayer de rendre celle de ses concitoyens meilleure. Il a travaillé sans relâche. C'est un homme admirable [...], d'un intellect extraordinaire, coriace, déterminé. Vraiment quelqu'un de très impressionnant. C'est une des personnes les plus impressionnantes que j'ai jamais côtoyées dans ma vie politique. »

Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada : « [Il avait] une brillance politique et philosophique qui avait un grand impact sur ce qu'est devenu le Québec moderne. »

Claudette Carbonneau, ex-présidente de la CSN : « C'est un homme de vision. C'est précisément la capacité d'articuler l'économique, le social, le politique qui était sa très grande force. [...] J'insiste beaucoup sur son bilan social, son ouverture à la cause des femmes, l'équité salariale. [...] C'est un gros merci qui est parti, un phare qui s'est éteint sur le Saint-Laurent. »

Régis Labeaume, maire de Québec : « Il est rare qu'on puisse dire d'hommes politiques qu'ils ont fait la différence. Cet homme-là a fait une très grande différence, par sa créativité, son intelligence. Il nous a fait sauter des décennies en progrès collectifs. On lui doit ça. C'est un grand homme. »
Jacques Parizeau est mort lundi dernier à l'âge de 84 ans. Il a eu droit à un concert d'éloges pour le rôle qu'il a joué dans le développement du Québec moderne de la part des politiciens de toutes les allégeances.
Des milliers de personnes ont défilé en fin de semaine devant sa dépouille, exposée en chapelle ardente, à Montréal puis à Québec.
Un registre officiel de condoléances a également été mis en ligne pour le public. Vous pouvez y accéder en cliquant ici.