lundi, juin 29, 2015

Explosion du nombre de puits de pétrole abandonnés en Alberta

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Une structure énergétique à l'abandon en Alberta
Une structure énergétique à l'abandon en Alberta  Photo :  Stéphanie Rousseau/ICI Radio-Canada

Les bas prix du pétrole et les politiques de la l'Agence de réglementation de l'énergie de l'Alberta font que de nombreuses entreprises juniors abandonnent leurs opérations et laissent au gouvernement provincial la tâche de remettre leurs puits en état.
Un texte de Stéphanie RousseauTwitterCourriel
Au cours de la dernière année, le nombre de puits orphelins a presque quadruplé dans la province, passant de 162 à 702. Au rythme où avance la réhabilitation des terrains, cela prendra 20 ans pour que ceux qui ont été abandonnés cette année soient démantelés.
Les puits orphelins ne sont pas nouveaux en Alberta et ils existent un peu partout, mais depuis 1994, l'Agence de réglementation de l'énergie de l'Alberta a un programme pour réhabiliter les terrains des puits et des pipelines abandonnés. Il s'agit d'un processus long et cher, qui coûte au minimum 10 000 $ ou même, dans certains cas, des millions de dollars.
En 20 ans, le programme a permis de réhabiliter 651 puits, soit en moyenne une trentaine de puits par an. Au cours des douze derniers mois, cependant, 540 ont été abandonnés, soit presque autant que le nombre de puits réhabilités au cours des 21 dernières années.
« Les conditions économiques jouent un rôle, mais il y a aussi des changements structurels au sein de l'industrie », indique Brad Herald, directeur de l'Association des puits orphelins, à propos de cette situation. « À un moment, on pouvait amasser 10, 15, 20 millions de dollars et s'offrir une filiale junior dans le secteur du gaz peu profond. Ça ne se passe plus comme cela, les coûts de départs sont beaucoup plus élevés », dit-il.
L'Agence de réglementation de l'énergie de l'Alberta surveille par ailleurs les puits de pétrole et de gaz en activité dans la province. Tous les mois, elle compare la valeur de la production et les coûts d'abandon et de réhabilitation de chaque puits. Si la valeur de la production n'est pas plus élevée que les coûts de réhabilitation, l'entreprise doit donner un dépôt de sécurité.
Lorsque les prix de l'énergie baissent, les entreprises juniors, qui manquent souvent d'argent, se retrouvent alors avec des difficultés de paiement. Il y a deux ans, l'Agence a augmenté le montant des estimations pour réhabiliter un site ou un puits, ce qui a mis certaines entreprises moins fortes financièrement dans une situation délicate.
Pour Barry Robinson, un avocat pour l'organisme Ecojustice, basé à Calgary, ces changements ont toutefois du bon. « Je crois que ce que demande maintenant l'Agence est plus réaliste. De nombreuses entreprises qui n'étaient pas viables financièrement opéraient des puits et n'avaient pas les ressources nécessaires pour les nettoyer une fois abandonnés. Les petites entreprises qui n'ont pas les reins assez solides pour remettre en état ces sites ne devraient pas les opérer », croit-il.
Au cours de la dernière année, quatre compagnies (Tallgrass Energy, Winter Petroleum, Fairwest Energy et Stealth Ventures) ont redonné chacune plus de 100 puits à l'Association des puits orphelins, soulevant ainsi la question de savoir si certains auraient dû être sauvés.
Une certaine valeur
Selon Andrew Basi, un partenaire de la firme comptable Grant Thornton, qui gère des faillites corporatives, certains puits laissés à l'abandon ont certainement de la valeur. « Nous croyons que ce serait bénéfique qu'un processus soit mis en place pour que les puits qui ont encore de la valeur soient revendus à des entreprises solvables et que seuls les puits qui ne sont plus rentables soient retournés au programme des puits orphelins », dit-il.
L'Association des puits orphelins est financée par des membres de l'industrie, mis à part une mise de fonds initiale de 30 millions de dollars soumise par la province il y a plusieurs années. Le budget de l'Association a doublé pour l'année en cours. Il atteint à présent 30 millions de dollars.