mardi, juin 02, 2015

Décès de l'ex-premier ministre du Québec Jacques Parizeau à 84 ans

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Publié par (Outaouais) 104,7 Outaouais le mardi 02 juin 2015 à 01h59. Modifié par 104,7 fm Outaouais à 06h24.
Décès de l'ex-premier ministre du Québec Jacques Parizeau à 84 ans
Jacques Parizeau 1930-2015/PC
MONTRÉAL - L'ex-premier ministre du Québec Jacques Parizeau est décédé à l'âge de 84 ans, lundi soir. Il est né à Montréal le 9 août 1930.

Son épouse, Lisette Lapointe, a confirmé la nouvelle sur sa page Facebook en début de nuit. «Immense peine ce soir, a t-elle écrit. L'homme de ma vie est parti. Tout en douceur, entouré de plein d'amour».
Reportage de Julie-Christine Gagnon sur la vie de Jacques Parizeau
 
 
 
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«Après un combat titanesque, poursuitvait-elle, hospitalisé durant cinq mois, traversant les épreuves, les unes après les autres, avec un courage et une détermination hors du commun, il a dû rendre les armes ce soir, 1er juin un peu avant 20 heures. Nous sommes dévastés. Nous l'aimons et l'aimerons toujours».

Sans aucun doute l'une des personnalités politiques les plus influentes du Québec contemporain, Jacques Parizeau aura été un des architectes de la Révolution tranquille, puis un des plus ardents et infatigables leaders du mouvement souverainiste.

Persuadé depuis la fin des années 1960 que c'était la seule issue pour le Québec, M. Parizeau aura réussi, entre 1988 et 1995, à donner un second souffle à la cause souverainiste, moribonde depuis l'échec du référendum de mai 1980, alors que seulement 40 pour cent des électeurs l'avaient appuyée.

Avec ses allures de grand seigneur, ses complets de banquier et sa prestance naturelle, M. Parizeau en imposait aussi par son intelligence vive et son ton professoral dont il ne se départira jamais.

Jacques Parizeau est né à Montréal le 9 août 1930 au sein d'une famille de la «bourgeoisie canadienne-française», financièrement à l'abri du besoin. Son père, Gérard Parizeau, avait fait fortune dans les assurances.

Élève doué, il fréquente les meilleures institutions d'enseignement: l'École des hautes études commerciales (HEC) à Montréal, puis l'Institut des Études politiques et la Faculté de droit à Paris, avant de décrocher un doctorat du prestigieux London School of Economics, en 1955, d'où il conservera un accent «british» et quelques expressions d'un autre siècle («By Jove!») lorsqu'il répondra plus tard aux questions en anglais des journalistes.

Si la souveraineté a été le moteur de son action, l'enseignement fut le fil conducteur de sa carrière. Il commence à exercer ses talents de pédagogue alors qu'il n'a que 25 ans, quand on lui confie le cours de commerce international aux HEC. C'est le début d'une brillante carrière en enseignement.

L'effervescence de la Révolution tranquille lui fournit l'occasion de se faire valoir. De 1961 à 1969, il apprend le métier de grand commis de l'État et conseille les premiers ministres Jean Lesage, Daniel Johnson et Jean-Jacques Bertrand sur les orientations à donner au nouvel État moderne en train de se construire, particulièrement en matière de développement économique.

Ainsi, M. Parizeau participe activement à la mise sur pied de plusieurs instruments économiques, comme la Société générale de financement, la Société québécoise d'exploration minière, le régime d'assurance-dépôt, et surtout la Caisse de dépôt et placement, fameux «bas de laine» des Québécois par le biais de la Régie des rentes — créée pour remplacer au Québec le Régime de pensions du Canada.

En 1969, M. Parizeau retourne à l'enseignement aux HEC, en même temps qu'il fait son entrée au Parti québécois (PQ). Mais même si le PQ gagne chaque jour en popularité, il fait piètre figure aux scrutins de 1970 et de 1973. Lui-même ayant tenté en vain de se faire élire, il fonde en 1973 le quotidien indépendantiste «Le Jour» et en assume la présidence jusqu'en 1975, année de sa fermeture due à d'insurmontables difficultés financières.

Monsieur le ministre

Le 15 novembre 1976, le vent tourne pour le PQ, qui forme un gouvernement majoritaire. Jacques Parizeau se fait élire dans l'Assomption, et est nommé ministre des Finances par René Lévesque.

Il occupera cette fonction jusqu'à sa démission — avec 11 autres ministres — le 22 novembre 1984, quand le premier ministre Lévesque choisit de saisir «le beau risque» du fédéralisme, après l'élection à Ottawa du gouvernement progressiste-conservateur de Brian Mulroney, qui s'engage à donner au Québec sa juste place dans le giron canadien, «dans l'honneur et l'enthousiasme».

Dans sa lettre de démission, M. Parizeau qualifie alors cette idée de donner une dernière chance au Canada de «voie stérile et humiliante», et rappelle qu'il ne peut servir dans un gouvernement qui a abandonné sa raison d'être: la souveraineté.

En 1985, les libéraux de Robert Bourassa prennent le pouvoir et Jacques Parizeau retourne une fois de plus à son premier métier, l'enseignement, qu'il exercera jusqu'à ce qu'il fasse son retour en politique active par la grande porte, à la tête du Parti québécois — alors dans l'Opposition —, le 18 mars 1988.

Après l'échec du référendum de 1980 et les années de morosité qui s'ensuivent, le «beau risque» de René Lévesque en 1984 et le concept flou d'«affirmation nationale» de son successeur de 1985 à 1987, Pierre Marc Johnson, le «pur et dur» Jacques Parizeau remet dès lors le parti sur les rails de la promotion de la souveraineté. En 1989, les libéraux de Robert Bourassa obtiennent un second mandat et Jacques Parizeau, élu, devient chef de l'opposition officielle. Il reconstruit le parti et fouette l'ardeur des troupes en leur faisant miroiter la tenue d'un référendum dès la prise du pouvoir par le PQ.

Lors du scrutin de septembre 1994 — quatre ans après le rejet de l'accord du lac Meech et deux ans après celui de l'accord de Charlottetown —, il est clair qu'il y aura un référendum sur la souveraineté «dans l'année» si le PQ est porté au pouvoir. Les Québécois lui font confiance et donnent à «Monsieur» un gouvernement majoritaire avec 77 députés (sur 125).

Le nouveau premier ministre tient parole et passe bien près de gagner son pari. Le référendum du 30 octobre 1995 divise les Québécois en deux camps pratiquement égaux (50,6 contre 49,4). Mais c'est le camp du Non qui crie victoire grâce à quelque 54 000 voix.

Ce soir-là, le chef souverainiste, qui avait cru à la naissance du pays jusqu'à la dernière minute, se présente devant ses partisans à Montréal sans notes. Visiblement défait, amer, il improvise, et impute la défaite à «l'argent, puis des votes ethniques — essentiellement!», une interprétation qui soulèvera la réprobation générale et lui collera longtemps à la peau.

Le lendemain du référendum, jugeant qu'il n'a pas su être le leader capable de transformer sa province en pays, il démissionne, laissant la voie libre à Lucien Bouchard, alors chef du Bloc québécois à Ottawa, et qui a ardemment fait campagne pour le Oui au référendum de 1995. Quinze ans plus tard, M. Parizeau dira regretter sa décision, reprochant notamment à son successeur d'avoir abandonné le combat souverainiste que Lucien Bouchard aurait pu reprendre sur la base de sa grande popularité.

Depuis, malgré son retrait de la vie publique, il n'a jamais cessé de profiter de diverses tribunes pour promouvoir la souveraineté et défendre son idée du Québec. Lors du lancement de son livre à l'automne 2009, «La souveraineté du Québec hier, aujourd'hui et demain» (prix Richard-Arès du meilleur québécois), M. Parizeau s'était d'ailleurs dit confiant que l'option souverainiste obtienne toujours un appui dans la population.

«Dans la mesure où ces discussions-là portent sur des choses intéressantes, touchent les gens, vous allez voir, la ferveur va revenir, le goût de changer les choses va revenir. Et on va être très nombreux à vouloir notre pays», avait-il alors assuré.

Quelques mois après le lancement et la période de promotion, en avril 2010, il avait dû être hospitalisé pour une chute de pression, due à l'épuisement.

M. Parizeau a également publié «Pour un Québec souverain» (1997) et «Le Québec et la mondialisation. Une bouteille à la mer?» (1998).

Une «belle-mère» ?

Les nombreuses sorties publiques de ce politicien, qui s'exprimait à tout moment sur la place publique sur des questions d'actualités même s'il était redevenu un simple citoyen, lui auront toutefois attiré une réputation de «belle-mère».

Ayant critiqué maintes fois ses successeurs, M. Parizeau avait aussi suscité le débat notamment lorsqu'il a estimé que la tenue de référendums sectoriels, tels que proposés par le PQ en juin 2009, permettrait de faire mousser la souveraineté en créant une crise politique.

Il fustige une nouvelle fois le PQ en mars 2011, lui reprochant de cultiver «un flou artistique» autour de la question de la souveraineté et d'étouffer le débat à ce sujet.

Puis, en juin 2011, survient la crise du leadership de Pauline Marois, provoquée par la décision de la chef d'approuver un projet de loi favorisant une éventuelle construction d'un amphithéâtre à Québec. Trois, puis un quatrième et un cinquième député, dont la femme de M. Parizeau, Lisette Lapointe, quittent le navire péquiste. L'ancien premier ministre cautionne leur décision en assistant à la conférence de presse de Lisette Lapointe, Pierre Curzi, Louise Beaudoin ainsi que Jean-Martin Aussant, qui ira fonder Option nationale.

M. Parizeau reconnaît alors que sa présence revêt une importance symbolique dont il se dit très conscient. De jeunes députés péquistes en prennent mouche et lui écrivent une lettre ouverte dans laquelle ils lui demandent de «leur laisser toute la place pour s'exprimer et pour représenter l'avenir». M. Parizeau les traite de haut en soulignant qu'ils ont donné dans «l'enflure verbale» et la «fanfaronnade». Mais il réserve sa flèche la plus empoisonnée au leadership du parti, en écrivant que l'approche souverainiste et des fautes stratégiques ont mené à un «gâchis».

Lors de la campagne électorale de 2012, M. Parizeau a d'ailleurs versé 200 $ à la campagne du chef d'Option nationale, Jean-Martin Aussant. Lors du scrutin suivant, au printemps 2013, il avait prononcé un discours devant un millier de militants d'Option nationale, où il fustigeait le gouvernement minoritaire de Pauline Marois qui, selon lui, ne faisait pas suffisamment la promotion de la souveraineté. Il disait cependant demeurer membre du PQ, «par fidélité».

D'octobre 2013 et jusqu'au printemps 2014, il écrit une chronique mensuelle dans les quotidiens de Québecor.

M. Parizeau avait épousé en 1956 l'écrivaine d'origine polonaise Alice Poznanska, décédée du cancer en 1990; le couple a eu deux enfants, Bernard et Isabelle. Il a par la suite épousé Lisette Lapointe.

Après sa retraite de la vie politique active, il s'intéresse au vin, et le vignoble qu'il a acquis dans le sud de la France a donné quelques cuvées «Côteau de l'Élisette». Les questions financières le passionnent aussi toujours, puisqu'il devient membre du conseil d'administration du Mouvement d'éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC). M. Parizeau laisse aussi place à l'éternel pédagogue en lui, aimant particulièrement prononcer des conférences devant des étudiants de cégeps et d'universités pour parler de finances publiques, de mondialisation et... de souveraineté.