mardi, mai 05, 2015

Une couronne ne fait pas le printemps

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CA_Josee-Legault
Le couronnement de Pierre Karl Péladeau étant écrit dans le ciel, le Parti québécois est déjà en mode «post-course». Le quatrième débat officiel de la course à la chefferie l’a confirmé dimanche sans le moindre doute.
Hormis quelques escarmouches entre Martine Ouellet et Alexandre Cloutier pour la «deuxième place», les consensus pleuvaient. Le désistement de Bernard Drainville y était pour quelque chose, mais rien ne provoque autant les courtoisies soudaines dans une course que l’imminence d’un couronnement.
Ce mode «post-course», PKP le résumait lui-même dès son allocution d’ouverture: «Nous allons gagner pour nous préparer pour 2018.» Pour un parti ébranlé par une défaite historique, cet engagement est le seul qui compte pour la plupart des membres du PQ. L’élection de 2018 s’annonce en effet décisive pour la survie même de leur parti.
D’où le message tout aussi clair des militants à leur prochain chef: vous aurez trois ans et demi pour reconstruire le parti, faire monter ses appuis et ramener l’indépendance au centre du débat politique. Point.
Le bouclier
Tourné vers l’après-course, PKP martelait aussi son nouveau message: «J’ai besoin d’un mandat clair et fort pour nous donner cet élément décisif vers le projet de notre pays.»
Décodé, le vrai message est plutôt que face à Philippe Couillard, François Legault et l’électorat, un mandat «clair et fort» projetterait l’image d’un nouveau chef puisant sa propre légitimité dans l’appui massif de ses membres.
Une nette victoire lui servirait en quelque sorte de «bouclier» politique pour la suite. Cette thèse du «bouclier» est pourtant une illusion classique à laquelle bien des chefs, tous partis confondus, ont succombé.
La réalité est que les couronnements et même les votes de confiance les plus éclatants envers un chef ne sont aucunement garants de l’avenir. Les exemples de chefs plébiscités et balayés plus tard par une élection ou par leur propre démis­sion ne manquent pas.
Parlez-en à Pauline Marois. Ni son couronnement en 2007 ni le vote de confiance de ses membres en 2011 dépassant 93% ne l’auront sauvée d’une victoire à peine minoritaire en 2012 et d’une défaite cuisante en 2014.
Ça va jouer dur
Bref, le sort du PQ en 2018 ne dépendra pas de la hauteur du vote que récoltera PKP la semaine prochaine. Il dépendra de ce qu’il fera, ou pas, pour rebâtir son parti et une option fragilisée.
Il dépendra de ce qu’il fera, ou pas, pour enclencher le dialogue avec les candidats défaits à la chefferie, les autres formations souverainistes, dont Québec solidaire, de même qu’avec les orphelins politiques de plus en plus nombreux.
En cette période d’austérité, il dépendra de la direction encore inconnue que son chef prendra sur les questions socia­les et économiques. S’il est vrai qu’à sa création le PQ était une coalition allant de la droite à la gauche, sa première prise du pouvoir fut néanmoins suivie d’un gouvernement résolument social-démocrate. Beaucoup semblent l’oublier.
Le sort du PQ dépendra aussi de la dynamique qui s’installera entre PKP, Philippe Couillard et François Legault. Une seule chose est sûre: ce trio va jouer dur et tous les coups seront permis.