mercredi, mai 20, 2015

Les 14 travaux de PKP (1ière partie)

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Les 14 travaux de PKP (1ière partie)
PHOTO REUTERS

CA_Josee-Legault
Les listes de «défis» à relever par le nouveau chef du Parti québécois abondent depuis quelques jours dans les médias.
Ce mardi matin, un sondage Léger/Le Journal/Le Devoir montre également une remontée de 6 points du Parti québécois dans les intentions de vote en un mois seulement.
Le PQ passe ainsi à 34% d’appuis, dont 41% chez les francophones. Le PLQ recule quant à lui à 32%, dont 22% à peine chez les francophones. La souveraineté monte à 42%, dont 51% de francophones et 55% chez les 25-34 ans.
Ma chronique sur le sondage est ici.
J’y note entre autres choses qu’«un sondage n’est qu’un sondage et l’élection n’aura lieu qu’en octobre 2018. L’arrivée d’un nouveau chef a également presque toujours pour effet d’augmenter les appuis à son parti. Il n’en reste pas moins que, pour le moment, le simple fait de briser le long silence sur l’option indépendantiste redonne du tonus au PQ et à son option.»
Je vous proposerai donc cette semaine une série de billets sur ma propre liste de ce que j'appelle les quatorze travaux de PKP, soit ses principaux défis. Soit deux de plus que pour Hercule...
Vous êtes évidemment invités à réagir et si vous le désirez, à proposer les vôtres.
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LE DIAGNOSTIC
Pour ma part, avant de proposer quelques remèdes possibles, il m’apparaît essentiel de poser tout d’abord le bon diagnostic.
À mon avis, ce qu’il faut comprendre avant tout est ceci : le lent déclin du Parti québécois qui, l’an dernier, culminait dans une défaite électorale cinglante, est en fait le produit de l’effet cumulatif de deux grands moments de rupture par rapport à ses principaux principes fondateurs.
Première rupture
Sous René Lévesque, son «beau risque» fédéraliste de 1984 tournait en fait le dos à la raison d’être du PQ et ce faisant, faisait éclater son conseil des ministres.
Deux ans auparavant, son imposition par décrets des conditions de travail des employés de l’État écorchait aussi considérablement le lustre social-démocrate du PQ.
Sous son successeur Pierre-Marc Johnson, la rupture se poursuivit de plus belle. Il faudra donc attendre l’arrivée de Jacques Parizeau à la tête du Parti québécois en 1988 pour voir ce parti renouer avec ses principes fondateurs.
Deuxième rupture
L’arrivée de Lucien Bouchard à la tête du PQ en janvier 1996 et son accession simultanée au poste de premier ministre marque la seconde rupture.
Sous M. Bouchard, malgré la quasi-victoire du Oui au référendum de 1995, le Parti québécois mettra son option souverainiste résolument en veilleuse. Malgré les premiers signes évidents d’un recul de la langue française dans la grande région montréalaise, le nouveau premier ministre signifie également sa volonté claire et nette de ne pas renforcer la Loi 101.
Enfin,  sa quête du déficit-zéro et les compressions budgétaires majeures qui handicaperont pour longtemps les systèmes publics de santé et d’éducation, éloigneront à nouveau le PQ de ses principes sociaux-démocrates.

Ce qu’il faut aussi comprendre est ceci : de par son ampleur et par sa durée, cette seconde rupture fut de loin la plus profonde et la plus marquante de la jeune histoire du Parti québécois.
Pourquoi?
Primo, parce qu’à divers degrés, elle s’attaquait en même temps aux trois principaux piliers originels du PQ : souveraineté, social-démocratie et protection de la langue française.
Secundo, parce que cette rupture provoquerait sur le temps une lente et sourde démobilisation au sein même du PQ, mais également dans l’électorat et chez les «partenaires de la souveraineté» - cette brochette de regroupements souverainistes qui, depuis l’arrivée de Jacques Parizeau et surtout, en préparation pour le référendum de 1995, était devenue autant de véritables «multiplicateurs» d’appuis à l’option. Et ce, à travers le Québec.
Tertio : parce qu’après la démission de Lucien Bouchard en janvier 2001, aucun de ses successeurs n’a véritablement mis fin, concrètement, à cet «héritage» laissé par M. Bouchard sous forme d’une rupture coûteuse en appuis. Autant pour le PQ que pour son option.
Lorsque je fais référence dans mes analyses aux effets réels de ces presque vingt ans de silence et d’inaction du PQ sur sa propre option de même que son virage au centre-droit et l’abandon du terrain linguistique, c’est de cette rupture majeure dont je parle.
Le «flou» référendaire que traîne le PQ depuis l’élection générale de 1998 en étant un des principaux et des plus coûteux rejetons politiques.
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Facteurs de démobilisation
Toujours dans le «diagnostic», on peut donc identifier quatre principaux facteurs de cette lente démobilisation amorcée après le référendum de 1995 :
1) Mise en veilleuse de l’option souverainiste sur tous les plans, incluant sur le moyen même de sa réalisation, soit le référendum.
2) Marginalisation croissante de la militance au sein même du PQ.
3) Abandon de la question linguistique.
4) Virage au centre-droit sur les finances publiques.
Résultats :
1) Avec le temps, la démobilisation au sein même du PQ s’est étendue au mouvement souverainiste élargi.
2) En réaction au virage vers le centre-droit, le Parti québécois s’est vu «saigné» à sa «gauche» par la création de Québec solidaire.
3) L’usure de la mise en veilleuse de son option a aussi fait qu’il fut «saigné» sur son flanc indépendantiste par la création d’Option nationale sous Jean-Martin Aussant.
4) Sous Pauline Marois, le repli identitaire a pris la forme d’un substitut à une option mise de côté.
5) D’élection en élection, le PQ faisait de moins en moins le «plein» de votes chez les souverainistes eux-mêmes.
6) En mai 2011, le Bloc québécois fut à son tour victime de cette lente démobilisation face à la vague orange du NPD.
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PREMIER DÉFI : RECONSTRUIRE
Pour le dire simplement, cela signifie que la véritable «commande» que vient de recevoir PKP de près de 58% de ses membres est avant tout de reconstruire au cours des trois prochaines années ce qui a été déconstruit au Parti québécois même sur deux décennies.
Vaste programme...

LA SUITE: MERCREDI