lundi, mai 18, 2015

Bloc-notes sur la coalition souverainiste

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PKP
PHOTO D'ARCHIVES

Mathieu Bock-Coté
L'expérience PKP sera intéressante à bien des égards. Elle permettra notamment de voir dans quelle mesure un volontarisme politique maximal et assumé peut renverser une tendance lourde dans une société, à savoir, dans le cas présent, la dénationalisation en profondeur du peuple québécois, son indifférence de plus en plus marquée devant la question nationale. Jamais, depuis Jacques Parizeau, le PQ n'aura été aussi clairement indépendantiste, mais jamais, depuis la Révolution tranquille, le peuple québécois n'aura été aussi étranger à la cause nationale. Autrement dit, dans quelle mesure une volonté politique animée par le feu sacrée d'une grande cause est capable de réveiller un peuple de son sommeil apathique? Le politique peut-il donner une claire impulsion dans une société dévitalisé ? Qu'on soit souverainiste, fédéraliste, autonomiste ou je ne sais trop quoi, cette expérience politique en direct sera fascinante.
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Une des conditions pour créer une vraie coalition nationale pour l'indépendance, c'est de comprendre qui ne la rejoindra jamais - et conséquemment, de bien identifier les courants idéologiques qu’il ne vaut pas vraiment la peine de solliciter, tellement ils se moquent de la question nationale. J’en identifie deux : 1) la gauche radicale internationaliste, qui n’a jamais cru aux nations, aux patries, qui s’imagine les frontières arbitraires et qui cultive l’esthétique du citoyen du monde 2) la droite libertarienne qui déteste au fond d’elle-même le Québec, parce qu’elle rêve en anglais et rêve de s’américaniser et se montre allergique à toute forme d’identité collective. Chercher à rallier ces deux courants, politiquement marginaux mais très visibles sur les médias sociaux, c’est se condamner à gaspiller des énergies considérables pour n’obtenir à peu près rien. Une fois laissés de côté ces deux tendances idéologiques, il faudra prendre beaucoup de temps pour rallier la gauche social-démocrate et syndicale, les écologistes, les nationalistes, le centre-droit et la droite culturellement conservatrice. Autrement dit, ceux qui ne sont pas allergiques à l’idée de patrie.
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Créer une coalition souverainiste, cela veut dire définir un projet politique assez large pour accueillir des nationalistes de tous les horizons. Cela ne veut toutefois pas dire unir artificiellement le PQ, QS et ON. Le premier est le lieu naturel de la coalition souverainiste. Le second s’est plutôt constitué, par définition, sur un refus de la coalition souverainiste. Le propre de QS, c’est justement de refuser l’idée de coalition des souverainistes, parce que ce parti place la Gauche au-dessus de tout. QS pratique le souverainisme conditionnel: soit le pays sera socialiste (et altermondialiste, et écologiste, et féministe, etc.), soit il ne sera pas. Évidemment, le PQ doit s’intéresser aux électeurs passés à Québec solidaire, qui sont loin de tous partager le maximalisme idéologique des leaders de ce parti. De même, quand on dit que le PQ doit ramener les électeurs nationalistes passés à la CAQ, cela ne veut pas dire qu’il doit fusionner avec lui. Quant à Option nationale, on aura beau dire ce qu’on veut, c’est davantage un groupe d’amis ou un petit groupe de pression qu’un parti politique. Si Jean-Martin Aussant en avait conservé la direction, probablement que ce parti aurait pu connaître une vraie croissance. Cela aurait certainement compliqué la tâche du Parti Québécois. L’histoire s’est écrite autrement. Évidemment, il y a des jeunes militants d’une immense qualité à Option nationale. Le PQ doit leur ouvrir les portes. Il bénéficiera de leur énergie et de leur idéalisme. Mais il faut cesser de faire semblant que le PQ et ON se parlent comme deux partis politiques égaux. Évidemment, le jour du référendum, ces partis se rassembleront sous le parapluie du camp du Oui, qui sera transpartisan. Les partis, alors, s’uniront le temps d’une grande campagne. Mais il serait faux de croire que la construction de la coalition souverainiste commence par l’unification des partis, petits et grands, qui témoignent de la sympathie pour l’indépendance. En posant le problème ainsi, on se condamne à donner un droit de veto à Québec solidaire qui instrumentalise l’indépendance pour faire passer un programme politique qui a peu à voir avec elle.
Quand on veut rassembler la gauche et la droite autour de l’indépendance, il s’agit moins de donner un petit morceau de viande à la gauche et un petit morceau de viande à la droite que de trouver des choses plus profondes qui unissent les nationalistes québécois et plus largement, les Québécois. Évidemment, le PQ doit se montrer plus ouvert qu’il ne l’est en ce moment aux préoccupations des électeurs passés à la CAQ. Évidemment, il doit conserver son attachement à la solidarité. Mais il doit surtout proposer une politique de l’intérêt national. Au-delà de la gauche et de la droite, autrement dit, au-delà de la dissolution de toute réalité dans cette alternative idéologique asséchée qui déforme davantage une société qu’elle ne rend compte de son véritable pluralisme politique, il y a des intérêts communs aux Québec, ou pour le dire autrement, il y a l’intérêt national. Il ne se laisse par caricaturer en slogans. Les souverainistes doivent patiemment travailler à le mettre de l’avant. Bien évidemment, ils ne pourront jamais le faire s’ils oublient que l’indépendance a d’abord pour vocation de permettre au peuple québécois de se gouverner par lui-même, de faire ses propres choix. L’indépendance est une fin en soi. Parce que se gouverner par soi-même est une fin en soi. Quels que soient nos choix collectifs nous devons les faire par nous-mêmes. Faut-il ajouter qu’on ne fera jamais l’indépendance en oubliant qu’elle est intimement liée au désir de conserver notre langue, notre culture, notre identité collective? L’identité nationale rassemble au-delà de la gauche et de la droite.
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Pour bâtir une coalition efficace, elle doit avoir un objectif pas trop éloigné dans le temps. Unir les nationalistes de gauche et de droite, c’est possible pour une décennie, si on sait qu’un grand rendez-vous se trouve à l’horizon. Il est possible alors de relativiser ses préférences idéologiques au nom du pays. Mais si la bataille s’éternise sans jamais aboutir, fatalement, les factions réapparaissent et les courants idéologiques recommencent à se combattre entre eux. Il ne s’agit pas de dire qu’il faut dès maintenant donner la date et l’heure du prochain référendum. Mais il faudra, tôt ou tard, préciser les grandes étapes qui viennent et la marche à suivre. On verra alors qu’avec un horizon stratégique de plus en plus clair à l’horizon, bien des Québécois pourraient reprendre goût à la question nationale. Contrairement à ce que croient certains idéologues en manque de société idéale, on se passionne moins pour un rêve que pour un projet qui a de vraies chances de se concrétiser. On se lasse des chimères. On se laisse tenter bien davantage par des possibilités réelles.