lundi, mai 04, 2015

13 ans de violence conjugale «extrême»: une victime se raconte

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Publié par Charles Payette pour 98,5 fm le lundi 04 mai 2015 à 09h00. Modifié à 09h06.
13 ans de violence conjugale «extrême»:  une victime se raconte
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(98,5fm) - Nadia Beaulieu ose l'affirmer du bout des lèvres. Elle est une survivante. Pendant 13 ans, la moitié de sa vie, elle a été victime de violence conjugale.

Quelques jours après la condamnation de son ex-conjoint, Jean-Sébastien Rondeau, elle a accepté de revenir sur plus d'une décennie d'enfer où elle a cru mourir plus d'une fois.
Nadia, aujourd’hui âgée de 27 ans, n’avait que 12 ans lorsqu’elle a rencontré celui qui allait devenir son mari.
Dès l’école secondaire, la violence physique psychologique s’installe. Il la suit partout, la reconduit à ses cours, l’attend à sa sortie de l’établissement. Quand il pique une crise, il lui frappe la tête dans les casiers. Autour d’elle, personne ne voit l’emprise qu’il a sur elle. Ni les professeurs. Ni même sa famille. Ses parents sont plutôt sous le charme du jeune homme qu’ils accueillent sous leur toit comme un fils.
Elle fait ses arrengements funéraires
La violence s’intensifiera avec les années. En 2005, il tente de l’étouffer avec le jonc de mariage qu’elle vient de refuser. Deux enfants naitront de cette union qui sera finalement célébrée contre son gré, sous la peur et les menaces.
«Par la suite, j’ai subi des tentatives de meurtre à répétition. On m’a dit qu’on n’avait jamais vu de violence comme ça sur une aussi longue période et de cet ampleur-là. Il n’y a rien qu’il n’a pas fait. Il calculait même le temps que je passais à la salle de bain, si c’était trop long, il me plongeait la tête sous l’eau ou me cognait la tête sur l’évier. C’était tous les jours de la violence physique et des agressions sexuelles aux deux jours. Ma vie n’avait plus d’importance, qu’il me tue, ça ne me dérangeait pas, mais mes enfants… j’étais allée faire des photos pour mes funérailles, tout était prêt, j’avais fait mes arrangements, j’avais écrit des lettres à mes proches, j’étais certaine qu’il allait me tuer.»
«Pourquoi être restée là» ?
Nadia Beaulieu est bien consciente que beaucoup de gens se poseront la même question. Avec une telle violence, pourquoi ne pas avoir pris la fuite plus tôt? Pourquoi avoir enduré ce calvaire pendant si longtemps?
«Même nous on se pose cette question, ça fait deux ans et deux mois que je suis partie et je me la pose encore. Ma famille mettait beaucoup de pression sur le fait qu’un père et une mère doivent rester ensemble envers et contre tout. Il menaçait de kidnapper mes enfants et de faire une «gaffe», qu’allait-il faire, ça veut dire quoi une ''gaffe''? C’était ma grande peur. On reste parce qu’on a peur justement. La journée où j’ai quitté, j’étais sans repère. Quand j’ai quitté la relation, je me levais le matin et je me disais que je n’avais pas le droit de déjeuner parce que c’est trop long, il m’a mis ça dans la tête pendant 13 ans.»
Aujourd’hui, elle conserve de sévères séquelles physiques et psychologiques de ces années de violence. Elle fait partie du très faible pourcentage de femmes qui portent plainte contre leur ex-conjoint et qui se rendent au bout des procédures judiciaires.
«Je n’ai pas porté plainte pour la sentence, je savais que ce serait dérisoire, qu’il n’avait aucun antécédent. J’ai porté plainte pour protéger mes enfants et pour reprendre le contrôle sur ma vie. J’encourage toutes les femmes à faire de même. Je sais que ça parait difficile, mais c’est encore plus difficile de rester que de partir.»
Avec les informations de Monic Néron