mercredi, avril 22, 2015

Seulement 9 % du budget entre les mains de ministres femmes

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22 avril 2015 |Isabelle Paré | Québec
<p><em>«</em><em>Il y a longtemps que les femmes ont détenu si peu d’influence au sein d’un gouvernement québécois</em><em>»</em>, déplore Julie Miville-Dechêne.</p>
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir
«Il y a longtemps que les femmes ont détenu si peu d’influence au sein d’un gouvernement québécois», déplore Julie Miville-Dechêne.
À quelques jours du 75e anniversaire de l’obtention du droit de vote des femmes, le Conseil du statut de la femme (CSF) déplore le recul observé dans la représentativité féminine au sein du gouvernement Couillard. Non seulement le premier ministre n’a pas respecté sa promesse électorale d’atteindre 40 % de femmes au sein du Conseil des ministres, mais une analyse fine révèle également que les ministres femmes actuellement en poste ne gèrent en fait que 9 % des dépenses du Québec.
 
« Il y a longtemps que les femmes ont détenu si peu d’influence au sein d’un gouvernement québécois », a déploré mardi la présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne, dans une lettre adressée au premier ministre Philippe Couillard.
 
Le Conseil a profité de l’occasion offerte par le 75e anniversaire du droit de vote des femmes, le 25 avril prochain, pour rappeler que le présent gouvernement accuse un recul en terme de représentativité féminine à l’Assemblée nationale.
 
Moins nombreuses que sous le gouvernement péquiste de Pauline Marois et que sous le gouvernement Charest, les femmes élues à l’Assemblée nationale aux dernières élections ne comptent que pour 27,2 % des élus. Seulement 8 femmes sur 25 (32 %) siègent au Conseil des ministres, alors que sous le gouvernement libéral précédent, le Conseil des ministres était quasi paritaire en 2003 et 2008.
 
Sous le gouvernement Marois, 8 femmes sur 23 étaient ministres (8 sur 26 dans le gouvernement Bouchard en 1998), et des femmes ministres y ont hérité de portefeuilles majeurs, comme la santé et l’éducation. « Dans ce cas-ci, on voit qu’il y a recul en termes de pouvoir économique. On se rend compte que les femmes ministres ne gèrent en fait que 9 % des dépenses du Québec. Les gros ministères sont gérés par des hommes, alors qu’il y a eu des épisodes paritaires sous Charest », insiste Mme Miville-Dechêne.
 
Avec des femmes en place aux ministères de la Famille, de la Sécurité publique, de la Justice, de la Culture et des Communications, de l’Immigration, de la Diversité et de l’inclusion et du Tourisme, les femmes héritent dans le gouvernement Couillard d’une part ténue des dépenses totales de la province. Les poids lourds du ministère de la Santé, de l’Éducation et de l’Emploi et de la Solidarité sociale, détenus par des hommes, accaparent plus de 80 % du budget.
 
Sans dire que cet état de fait explique les récentes mesures adoptées par le gouvernement Couillard — dont les réformes de la santé et la révision des tarifs des garderies —, jugées peu favorables aux femmes, la présidente du Conseil du statut de la femme affirme que« dans les choix budgétaires actuels, ceux qu’on entend, ce sont des hommes ».
 
Le Conseil du statut de la femme a lui-même écopé lors du dernier budget de nouvelles compressions de 285 000 $ pour 2015-2016, a dû réduire son équipe de neuf employées sur 27 et fermé, non sans remous, quatre de ses bureaux régionaux.
 
Réactions
 
La ministre responsable de la Condition féminine, Stéphanie Vallée, a réagi aux critiques du CSF en disant que « la voix des femmes est entendue », aussi bien au Conseil des ministres qu’à l’Assemblée nationale. Le gouvernement Couillard peut compter sur des « femmes fortes » aux postes clés de vice-premier ministre, de ministre de la Justice et de ministre de la Sécurité publique, dit-elle. Le chef du PQ, Stéphane Bédard, a parlé quant à lui « d’un recul sur la condition féminine », alors que François Legault, chef de la Coalition avenir Québec, estime que la parité « est un idéal qu’on doit viser ».
 
L’expérience des femmes en politique diffère-t-elle de celle des hommes ? Sur ce point, la ministre Vallée a rétorqué « oui » du tac au tac, faisant référence au fait que sa vie amoureuse a été dévoilée le week-end dernier dans le quotidien Le Droit.