vendredi, avril 10, 2015

Salaires trops élevés: «l'erreur» inquiète les nouveaux fonctionnaires

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Publié le 10 avril 2015 à 05h00 | Mis à jour à 07h47
Deux syndicats confirment avoir reçu de nombreux appels... (Photothèque Le Soleil)
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 LE SOLEIL
Deux syndicats confirment avoir reçu de nombreux appels de leurs membres alarmés par la situation. La veille, la Commission de la fonction publique (CFP) a dévoilé un rapport sur l'application erronée d'une directive 
<p>Michel Corbeil</p>
MICHEL CORBEIL
Le Soleil
(Québec) La possibilité que des milliers de nouveaux fonctionnaires aient bénéficié d'un salaire trop élevé qu'ils devront rembourser soulève une vague d'inquiétude chez les principaux intéressés.
Deux syndicats confirment avoir reçu de nombreux appels de leurs membres alarmés par la situation. La veille, la Commission de la fonction publique (CFP) a dévoilé un rapport sur l'application erronée d'une directive d'embauche au gouvernement.
Le tiers d'un échantillon de recrues (77), venant d'un ministère et de deux organismes, a été mal évalué. Certains sont sous-payés et devraient recevoir une compensation; d'autres sont surpayés et devraient rembourser. La CFP croit à l'erreur systémique et prédit que des milliers d'embauches seront revues.
La présidente du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ), Lucie Martineau, a signalé «qu'avec la publication de l'article, tous [leurs] bureaux régionaux sont inondés» par des coups de téléphone. «Là où ça appelle le plus, a-t-elle poursuivi, c'est de l'Agence du revenu, où il y a eu beaucoup d'embauche. Mais elle n'est même pas soumise» à la Commission de la fonction publique.
Son collègue au Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) a fait état du même mouvement chez ses membres. «Nous avons été inondés d'appels de personnes extrêmement inquiètes qui ont été embauchées, ces trois dernières années», a rapporté Richard Perron.
Combien de personnes?
Les deux syndicalistes ont indiqué qu'ils ne savent trop à quoi s'en tenir sur le nombre de personnes véritablement touchées. Les révisions porteront sur les embauches réalisées depuis l'entrée en vigueur d'une directive reconnaissant l'expérience et la scolarité des fonctionnaires recrutés depuis le printemps 2012.
«Le problème est qu'on ne sait pas qui est visé, a repris Mme Martineau. Nous n'avons pas, nous, les dossiers des employés. Nous ne savons pas quelle est l'expérience de chacun, quels concours ils ont passés.»
Jeudi, Richard Perron n'a pris que quelques heures avant d'écrire au Conseil du trésor, piloté par le ministre Martin Coiteux. Le Trésor s'est engagé à apporter les correctifs requis par la CFP, ce qui signifie de «procéder aux ajustements salariaux ou aux récupérations qui en découlent».
En entrevue, le président du SPGQ a signalé que «ceux à qui le gouvernement doit de l'argent seront contents», en présumant que l'État paiera la remise à niveau salariale. Mais il a écarté l'idée de baisser la rémunération de ceux qui sont surclassés et de rembourser ce qui a été touché en surplus malgré le fait que les conventions collectives permettent de récupérer des sommes accordées à la suite d'erreurs administratives.
La directive en cause a été adoptée pour rendre plus attirant le recrutement de fonctionnaires en reconnaissant l'expérience ou la scolarité des candidats. «C'est sur cette base que [des professionnels] ont pris une décision, parce qu'ils avaient une expérience, de quitter leur emploi pour aller au gouvernement.
«Et trois ans plus tard, on leur dirait : "On s'est trompé, redonnez-nous l'argent en trop." C'est incompatible comme comportement pour un gouvernement qui doit attirer et garder des ressources dont il a besoin.»
Lucie Martineau, qui a sollicité une rencontre avec le ministre Coiteux, tient la même position. Que ce soit la récupération de rémunération ou le rajustement de salaire, «le même coupable, c'est l'employeur», qui doit assumer la mauvaise interprétation des règles.
«Cela n'a aucun bon sens!» a repris la présidente du SFPQ. «Ce n'est pas vrai qu'une personne, embauchée à un salaire X, après deux, trois ans», devra redonner des milliers de dollars à la suite d'une interprétation dont il n'est pas responsable. Quand une compagnie ou un citoyen doit des montants au fisc ou se fait infliger une amende, «c'est normal qu'il paye. C'est lui, le fautif.»
La directive au coeur du litige a été adoptée, en mai 2012, par le gouvernement de Jean Charest. Pour mieux concurrencer les autres ordres de gouvernement et le secteur privé, elle permet d'accorder à un candidat un maximum de cinq ans de scolarité, en fonction de l'expérience ou du niveau d'études.
En 2000, le gouvernement de Lucien Bouchard, promoteur du déficit zéro, avait aboli cette reconnaissance. Les règles de recrutement sur «l'attribution de la rémunération des fonctionnaires» valent pour les 25 ministères et une soixantaine d'organismes relevant de la CFP. Les réseaux de l'éducation et de la santé n'y sont pas soumis.