lundi, avril 13, 2015

PKP ne rouvrirait pas le Code du travail

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Bernard Drainville a rappelé la désuétude de la loi antibriseurs de grève

13 avril 2015 | Marco Bélair-Cirino à Saguenay | Québec
En 2009, «Le Journal de Montréal», propriété de Québecor, a été le théâtre d’un lock-out de plus de deux ans au cours duquel la loi antibriseurs de grève a pour plusieurs montré son inefficacité. Un appel au boycottage avait alors été lancé.
Photo: Jacques Nadeau
Archives Le Devoir
En 2009, «Le Journal de Montréal», propriété de Québecor, a été le théâtre d’un lock-out de plus de deux ans au cours duquel la loi antibriseurs de grève a pour plusieurs montré son inefficacité. Un appel au boycottage avait alors été lancé.
Le favori de la course à la direction du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, ferme la porte à double tour à une révision du Code du travail.
 
« Aujourd’hui, il n’y en a pas de problème avec le Code du travail », a-t-il déclaré lors d’un débat des candidats à la direction du PQ dimanche après-midi à Saguenay.
 
La réaction a été immédiate et hostile dans l’auditorium du cégep de Jonquière : « Bouh ! »Le député de Saint-Jérôme s’est valu les huées de quelques-uns des 900 sympathisants péquistes réunis dans la salle François-Brassard. « Laissons les choses comme elles [le sont]pour faire en sorte justement que notre économie puisse se développer le plus paisiblement et le plus sereinement possible », a poursuivi l’ex-grand patron de Québecor tout en restant inébranlable et ferme.
 
Le député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier, lui avait demandé s’il était toujours favorable à l’idée de fiscaliser les indemnités versées aux travailleurs en grève ou en lockout.« Pierre Karl, tu as déjà proposé [dans une lettre ouverte en 2010] de fiscaliser les primes. Ça veut dire en gros que ceux qui reçoivent 400 piastres présentement recevraient beaucoup moins. As-tu changé d’avis ? », a affirmé M. Cloutier, rappelant dans la foulée que 450 employés de concessionnaires automobiles du Saguenay–Lac-Saint-Jean sont « dans la rue »depuis plus de deux ans. Ils sont des « victimes » d’un lockout « interminable »« On est à six semaines du choix du prochain chef du Parti québécois. Nous sommes en droit de savoir quelles sont les orientations qui vont être prises par notre grande formation politique », a ajouté M. Cloutier,
 
M. Péladeau a esquivé la question. Il a plutôt tenté de dissuader son confrère de dépoussiérer le Code du travail en l’absence d’un « consensus » des acteurs de la société civile. « Si, toi, tu veux toucher au Code du travail Alexandre, bien, bonne chance, parce qu’il risque également d’avoir du côté patronal des exigences qui ne seront pas nécessairement dans le meilleur intérêt [des travailleurs] », a-t-il soutenu.
 
« Est-ce qu’il pense à ses propres demandes ? » a lancé à la blague la députée de Vachon, Martine Ouellet, lors d’un impromptu de presse. « La loi anti-scabs doit être modernisée. Ça presse », a poursuivi le député de Marie-Victorin, Bernard Drainville. « Il faut moderniser un paquet de lois sociales » y compris le Code du travail, afin d’arrimer notamment les dispositions antibriseurs de grève aux nouvelles technologies, a spécifié Pierre Céré.
 
M. Péladeau en est convaincu : les travailleurs québécois, syndiqués ou non, « veulent desjobs », pas un Code du travail modifié.
 
Cloutier a-t-il l’étoffe d’un premier ministre ?
 
Alexandre Cloutier était en pays conquis dimanche. D’ailleurs, le candidat, porté par des sondages d’opinion favorables, a reçu un accueil enthousiaste du demi-millier de spectateurs… mais pas de ses adversaires. Il s’est retrouvé à quelques reprises la cible de leurs attaques.
 
La députée de Vachon, Martine Ouellet, s’est demandé si l’ex-ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes avait l’expérience nécessaire afin d’aspirer au poste de chef du gouvernement. Elle a minimisé l’importance de ses réalisations au sein de l’équipe Marois : mise sur pied de la commission nationale d’examen sur l’assurance-emploi, conclusion de l’entente Canada-Québec sur le marché du travail, accord Québec-Canada sur le paiement de la facture liée à la catastrophe ferroviaire de Lac-Mégantic. « Il faut une expérience peut-être plus large. Je pense que ça serait important », a-t-elle affirmé.
 
De son côté, M. Drainville a jeté le doute sur le « sens de l’État » de M. Cloutier. Il lui a reproché d’avoir fait entorse au principe de solidarité ministérielle, notamment en tuant dans l’oeuf tout projet d’exploitation pétrolière sur l’île d’Anticosti. Après avoir pris ses distances de la charte de la laïcité et de la gouvernance souverainiste, « il se désolidarise de la position que nous avons prise comme gouvernement [concernant l’exploration du pétrole enfoui dans le sol de l’île Anticosti] », a-t-il déploré.
 
« Où étions-nous ? »
 
Le seul candidat non élu à l’Assemblée nationale, Pierre Céré, a reproché aux députés du PQ de ne pas s’être affichés bras dessus bras dessous avec les opposants à l’austérité libérale — tout particulièrement les étudiants — au fil des dernières semaines. « Il y avait 100 000 personnes dans la rue [le 2 avril dernier]. Nous étions peu du Parti québécois. […] Ça n’a pas de bon sens », a-t-il déclaré à la presse. M. Céré, qui s’est vu attribuer le statut d’« objecteur de conscience » dans la campagne au leadership, soutient que le PQ devrait se« mettre à l’écoute » des jeunes. D’ailleurs, il juge « très malheureux » que la « fabuleuse mobilisation » contre l’austérité soit déjà à bout de souffle. « Il y a une partie du mouvement social qui a passé l’automne à dire que le printemps serait chaud. Il n’était pas au rendez-vous. J’ai l’impression parfois qu’on a laissé ces jeunes-là comme de la chair à canon. »