samedi, avril 18, 2015

L’État québécois, en mieux

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Dans son livre à paraître, Martine Ouellet propose une deuxième révolution tranquille

18 avril 2015 | Marco Bélair-Cirino - Correspondant parlementaire à Québec | Québec
Martine Ouellet
Photo: Martine Ouellet
À l’heure où le « modèle québécois » subit les assauts de l’« austérité », la députée de Vachon, Martine Ouellet, appelle les Québécois à « se réapproprier » l’État québécois.
 
« On est mûr au Québec pour une deuxième révolution tranquille », lance l’ex-ministre des Ressources naturelles, dans un entretien avec Le Devoir. Cette seconde révolution tranquille devrait déboucher ni sur plus d’État ni sur moins d’État, mais sur « mieux d’État » : « un État plus agile, plus expert », selon Mme Ouellet.
 
La candidate à la direction du Parti québécois lancera dans quelques jours — lundi à Montréal et mardi à Québec — l’essai intitulé Mieux d’État (Somme toute), dans lequel elle propose différentes mesures afin de réhabiliter l’État québécois aux yeux de la population québécoise. La femme politique de 46 ans souhaite contribuer à dissiper le « cynisme ambiant » envers l’administration publique — et qui « fait l’affaire de ceux qui veulent le saccager »« J’invite les citoyens de tous les horizons à se réapproprier leur État parce qu’il leur appartient… et il est beau ! Plus on va l’investir, plus il va nous ressembler et travailler pour nous », affirme l’ingénieure mécanique, détentrice d’une maîtrise en administration des affaires (MBA).
 
À ses yeux, il est urgent de s’atteler à la tâche de dissiper le « discours » dominant selon lequel « l’État est trop gros, l’État est inefficace »« On a des médias qui sont alignés [sur le modèle du] néolibéralisme », déplore-t-elle, tout en montrant notamment du doigt Québecor — dont l’actionnaire de contrôle est le favori de la course à la chefferie du PQ, Pierre Karl Péladeau.
 
Martine Ouellet s’engage à ne pas rétrécir la taille de l’État et à ne pas alourdir le fardeau fiscal des Québécois — ou, du moins, de ceux dont le revenu ne se compte pas en centaines de milliers de dollars.
 
En revanche, elle ne se gênera pas pour réinstaurer la taxe sur le capital des établissements financiers si elle se voit confier les rênes du pouvoir. Selon la défenseure d’une « social-démocratie verte »« l’austérité a été créée de toutes pièces » par le gouvernement de Jean Charest. En abolissant progressivement la taxe sur le capital des établissements financiers, l’ancien chef du gouvernement a privé l’État de plus de 1,5 milliard de dollars de revenus, ce qui a précipité le Québec dans une spirale de déficits structurels, explique-t-elle.
 
L’État québécois n’en demeure pas moins mûr pour un changement de « culture organisationnelle », affirme l’ancienne gestionnaire chez Hydro-Québec. Martine Ouellet milite en faveur de l’attribution d’une « plus grande autonomie » aux employés de l’État.« On a des gens qui sont capables d’apporter une plus grande contribution. »
 
Elle voit d’un mauvais oeil la Commission permanente de révision des programmes, estimant que « ça appartient à chacun des ministères » de passer au peigne fin les programmes gouvernementaux.
 
Mme Ouellet voit dans l’État le garant du « développement économique intelligent » du Québec. Dans cet esprit, le gouvernement doit exprimer sur-le-champ ses réticences à l’égard de projets toxiques comme l’exploitation du gaz de schiste — ou, à tout le moins, s’abstenir de s’y associer, selon elle. « [Il faut] arrêter de traiter tous les projets de la même façon, parce que les mauvais projets viennent salir la réputation de l’ensemble des projets ».
 
Par exemple, « d’aucune espèce de façon » le projet d’oléoduc Énergie Est ne s’inscrit dans une politique de développement économique intelligent. « C’est insensé. Peu importe les redevances offertes, ça ne sera jamais suffisant pour payer [les dépenses encourues en cas d’]accident dans le fleuve Saint-Laurent. » Un gouvernement Ouellet « prendr [ait] le parti des citoyens » et « dir [ait] : « Non, ça ne se passera pas chez nous » », fait-elle valoir.
 
L’État doit également « partager » le maximum d’« information avec la population », afin de« susciter le débat » populaire sur différentes orientations qu’il entend prendre. Lors de 28 années de militantisme au PQ, Martine Ouellet s’est servie de « bilans annuels » produits par différents ministères, afin de jeter les bases notamment de la Politique nationale de l’eau (2002). « Ça n’existe plus », se désole-t-elle.
 
Les Québécois doivent être maîtres du « demi-État » du Québec, et ce, d’ici à ce qu’ils récupèrent l’autre demi. « On ne peut plus se limiter au rôle d’une province », soutient Martine Ouellet. Elle est la seule des cinq candidats à la chefferie du PQ à promettre la tenue d’un référendum sur l’indépendance du Québec au cours des quatre années qui suivront l’élection d’un gouvernement majoritaire du PQ.
 
Mme Ouellet croise les doigts afin que son essai Mieux d’État contribue à « revaloriser » le rôle de l’État, mais également celui du « Politique ». « On n’est pas tous pareils. »