jeudi, avril 23, 2015

Les dirigeants européens sommés de répondre au drame des migrants

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23 avril 2015 08h00 | Christian Spillmann - Agence France-Presse à Bruxelles | Actualités internationales
Des migrants et des activistes d'Amnistie internationale manifestent en marge du sommet qui se tient à Bruxelles.
Photo: Emmanuel Dunand Agence France-Presse
Des migrants et des activistes d'Amnistie internationale manifestent en marge du sommet qui se tient à Bruxelles.
Les dirigeants européens étaient sommés jeudi d’apporter enfin des réponses efficaces au drame des migrants en Méditerranée incluant des opérations militaires contre les trafiquants, mais aussi de se montrer plus solidaires dans l’accueil des réfugiés.

«Plus de 1600 migrants et réfugiés ont perdu la vie depuis le début de l’année en tentant de traverser la Méditerranée», déplore le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). «Si nous ne faisons rien, je crois que cette année nous allons voir un demi-million de migrants traverser la Méditerranée, et dans ce cas, il pourrait potentiellement y avoir jusqu’à 10 000 morts», a averti Koji Sekimizu, le directeur de l’Organisation maritime internationale (OMI).

Convoqués d’urgence après la dernière tragédie, qui a fait des centaines de morts dimanche, les chefs d’État et de gouvernement vont plancher sur un plan d’action, réplique de celui adopté en 2013 après le naufrage de Lampedusa, mais jamais mis en oeuvre.

«Saurons-t-ils se montrer à la hauteur? En paroles, oui, mais en actions, je doute», a confié à l’AFP un haut responsable européen. «C’est toujours la même problématique: comment agir avant, pendant et après la traversée», expliquent les diplomates à Bruxelles.

L’UE doit «déclarer la guerre aux trafiquants d’êtres humains», a affirmé le commissaire aux affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos, au quotidien espagnol El Pais. Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a appelé de son côté les chefs d’État et de gouvernement européens à adopter des «mesures fortes» «parce que la Méditerranée ne peut pas être transformée en cimetière».

Dans un projet de déclaration finale, dont l’AFP a obtenu copie, les 28 s’engagent à tout faire«pour identifier, capturer et détruire les bateaux avant qu’ils ne soient utilisés par les trafiquants». Pour ce faire, il faut monter une opération militaire, une première dans la lutte contre l’immigration clandestine. «C’est compliqué, cela prendra du temps, imposera un mandat des Nations unies, un accord du gouvernement libyen, la mobilisation de moyens militaires et imposera d’accepter des pertes humaines», avertissent diplomates et experts. Les premières consultations montrent «une volonté politique de lancer ce signal fort», a confié à l’AFP une source proche du dossier.

Enfermés à fond de cale

«On ne peut pas être sérieux si on ne prend pas en considération la demande de Matteo Renzi», a affirmé un haut responsable européen. Le chef du gouvernement italien a demandé de mener des «interventions ciblées» contre les passeurs en Libye, devenu le pays d’embarquement des migrants et des candidats à l’asile en direction de l’Italie et de Malte.

L’Union européenne va dans l’immédiat renforcer les opérations surveillance et de sauvetage en Méditerranée. Le plan propose de doubler, de trois à six millions d’euros, le budget mensuel alloué à Frontex, l’agence chargée de la surveillances des frontières, afin de renforcer les moyens alloués aux missions maritimes Triton en Italie et Poséidon en Grèce.

Le troisième volet traite de l’accueil. Il propose aux États d’accueillir «au moins 5000 personnes» ayant déjà obtenu le statut de réfugiés, dans le cadre d’un projet de réinstallation. Il est destiné aux Syriens, pour les dissuader de tenter la traversée.

Dans le même temps, l’UE veut renvoyer au plus vite les migrants économiques. Les États sont invités à aider l’Italie, la Grèce et Malte à enregistrer les arrivants et trier entre ceux qui pourront bénéficier du droit d’asile et ceux qui seront renvoyés. C’est la partie la plus controversée du plan, contre laquelle s’insurgent les organisation humanitaires.

Les témoignages des 28 survivants de la dernière tragédie qui a fait 800 morts, sont effrayants. L’un d’eux, Abdirizzak, a raconté avoir échappé à la mort parce qu’il se trouvait dans la partie supérieure du chalutier. «Ceux qui avaient le moins d’argent ont été enfermés à fond de cale». Des centaines de migrants, y compris des femmes et des enfants, sont restés prisonniers à l’intérieur. Les garde-côtes ont repêché 24 corps.

Plus de 20 000 migrants sont déjà arrivés en Italie depuis le début de l’année. Et rien ne semble les décourager. Plus de 200 ont encore débarqué jeudi matin dans le port sicilien de Catane, et l’Italie s’attend à un flux continu qui pourrait être de 5000 par semaine jusqu’en septembre.