mercredi, avril 15, 2015

Le PQ doit prendre le virage entrepreneurial

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Il devrait par exemple proposer un régime d’épargne entreprise aussi avantageux que le régime d’épargne étude

15 avril 2015 | François Côté, Faïka Gafsi, Patrick Gentes, Marie-Ève Pagé, Sébastien Pagé, Guillaume Rousseau - Six souverainistes de moins de 40 ans oeuvrant ou ayant oeuvré dans le monde des affaires |Québec
De plus en plus de jeunes et de moins jeunes se tournent vers la création d’entreprises.
Photo:
Banana Stock
De plus en plus de jeunes et de moins jeunes se tournent vers la création d’entreprises.
Un an après sa cuisante défaite aux élections et alors que sa course à la chefferie bat son plein, c’est le moment où jamais pour le Parti québécois de prendre un virage. Au cours de la Révolution tranquille, à la faveur de la création de dizaines de ministères et d’organismes publics, une nouvelle classe sociale formée d’employés du secteur public émerge et se trouve en position d’exercer une grande influence sur la société québécoise. Le point culminant de cette « longue marche des technocrates », pour reprendre la thèse du sociologue Jean-Jacques Simard, conduit à la prise du pouvoir par le PQ en 1976 et enclenche la série de réformes à la fois progressistes et étatistes qui s’en suit.

Logiquement, les têtes d’affiche de ce parti sont issues du secteur public : René Lévesque venait de Radio-Canada, Jacques Parizeau de HEC, Claude Morin de la fonction publique, Camille Laurin du secteur de la santé, etc. Et cela est vrai encore aujourd’hui, autant pour ce qui est du discours, axé sur les services publics, que pour les têtes d’affiche : Véronique Hivon vient de la fonction publique, Nicolas Marceau du monde universitaire, Sylvain Gaudreault du monde collégial, Pierre Duchesne et Raymond Archambault de Radio-Canada, etc.
 
Comme l’ont démontré les gouvernements du PQ, les anciens employés du secteur public sont particulièrement à même de devenir de bons dirigeants de ministères. Certaines évolutions sociologiques sont toutefois défavorables à cette classe sociale. Depuis les années 1990, la part que représentent les employés réguliers du secteur public dans l’ensemble de la population a cessé de croître comme jadis, et les emplois qu’ils occupent sont moins motivants qu’avant puisqu’ils consistent souvent à gérer des compressions plus qu’à offrir de nouveaux services.

Pour les baby-boomers, la perspective d’un emploi dans le secteur public était à la fois réaliste et enthousiasmante. Pour la génération suivante, moins. Quant aux jeunes d’aujourd’hui, ils font carrément face à des gels d’embauche dans plusieurs domaines du secteur public et sont peu nombreux à rêver d’y faire carrière. Dans ce contexte, les appuis au parti des employés du secteur public diminuent, particulièrement chez les jeunes.
 
S’il ne change pas, le PQ risque de continuer de perdre des appuis. Concrètement, cela signifie qu’il doit prendre le virage entrepreneurial. Car même si les jeunes d’aujourd’hui ne peuvent plus espérer un poste dans le secteur public comme auparavant, ils n’en sont pas moins ambitieux. Ils veulent eux aussi poursuivre une carrière à la hauteur de leurs diplômes. Seulement, ils seront moins nombreux à pouvoir le faire dans le secteur public ou même dans les entreprises privées déjà établies qui peinent à créer suffisamment d’emplois de qualité. C’est pourquoi de plus en plus de jeunes et de moins jeunes se tournent vers la création d’entreprises. Ce n’est donc pas un hasard si on compte désormais parmi les héros du petit écran des dragons investisseurs. Certes, il ne faut pas opposer secteur public et démarrage d’entreprises pour autant, au contraire.
 
Complémentarité
 
Même si le défi du Québec et celui du PQ en particulier est de se donner un programme politique qui rendra possible l’élargissement de sa base entrepreneuriale, le virage que nous appelons de nos voeux ne doit pas être un virage à droite. D’abord, parce que, dans le respect de la tradition de ce parti et plus largement du Québec, il devra se faire en misant beaucoup sur l’économie sociale. Vu la réticence de plusieurs Québécois face au capitalisme en général et au profit en particulier, ce type d’économie est à même d’attirer des entrepreneurs potentiels qui hésiteraient à se lancer dans le secteur privé à but lucratif.
 
Ce virage entrepreneurial n’en serait pas un à droite parce qu’il se ferait non pas contre, mais avec l’État. De la même manière que ce dernier a été essentiel pour favoriser l’accès à l’éducation à des universitaires de première génération, il sera essentiel pour soutenir les initiatives des entrepreneurs de première génération. Car sans aide, il est plus facile de se lancer en affaires pour un fils d’entrepreneurs que pour un fils de fonctionnaires. Le PQ devrait donc faire de l’aide au démarrage et à l’accélération d’entreprises la priorité nationale et proposer des mesures en ce sens. Les CLD qu’il a créés et que les libéraux sont en train d’abolir devraient être recréés en version améliorée.

Le système d’éducation devrait préparer les jeunes à démarrer une entreprise ; ce n’est pas normal que des diplômés de nos établissements d’enseignement ignorent comment monter un plan d’affaires ! Il devrait exister un régime d’épargne entrepreneurial aussi avantageux que le régime d’épargne étude. Le secteur public pourrait encourager ses employés qui souhaitent tenter leur chance en affaires, par exemple en offrant plus systématiquement des congés sans solde de longue durée ou des accommodements d’horaire. Car de nos jours, il n’est pas rare de voir des entreprises fondées par d’anciens ou d’actuels employés du secteur public (infirmière offrant des cours prénataux, enseignant fondant un OBNL, secrétaire d’une commission scolaire ouvrant une école de chant, etc.).
 
Étant le seul parti de gouvernement à croire vraiment en l’État, avec un nouveau chef le PQ devrait être à même de proposer ce vaste chantier aux Québécois, pour qui entreprendre pourrait devenir une façon d’exprimer leur goût de l’indépendance.