jeudi, avril 23, 2015

Le lâcheur

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23 avril 2015 |Michel David | Québec
Jean-François Lisée était très vite arrivé à la conclusion que l’avance de Pierre Karl Péladeau était insurmontable, mais il avait eu la décence de ne pas se rallier à un homme qu’il avait décrit comme une « bombe à retardement ». Pour Bernard Drainville, M. Péladeau était plutôt un « mirage ». Est-ce réellement préférable ? Son ralliement lui évitera l’humiliation de terminer troisième, mais l’étiquette de « lâcheur » risque de lui coller à la peau.
 
Cela lui a pris du temps pour se rendre compte que les militants péquistes ne voyaient aucune objection à signer un « chèque en blanc » à M. Péladeau. D’un débat à l’autre, les précisions qu’il lui réclamait sur sa démarche vers la souveraineté étaient accueillies par des huées de plus en plus copieuses. Son souci de rassembler le parti est sans doute louable, mais cela aurait très bien pu attendre encore trois semaines.
 
Les nombreuses inquiétudes que M. Drainville a manifestées depuis le début de la course se sont dissipées avec une étonnante rapidité. La grande similarité que M. Péladeau a dit voir entre leurs programmes respectifs n’était pas apparue si évidente.
 
M. Drainville connaît suffisamment bien le PQ pour savoir qu’une consultation des membres du parti six mois avant la prochaine élection, comme M. Péladeau s’est engagé à en tenir une, ne sera qu’une formalité, comme le sont les conseils nationaux spéciaux dont les statuts du PQ prévoient la tenue lors du déclenchement d’une élection pour faire approuver la plateforme électorale. À ce stade, on n’a plus d’autre option que celle de se serrer les coudes.
 

En politique, on est souvent amené à dire le contraire de ce qu’on pense, mais le député de Marie-Victorin ne devait pas en croire ses propres oreilles de s’entendre présenter M. Péladeau comme un « homme d’équipe ». Rien dans son passé ne pouvait laisser soupçonner une quelconque inclination à la collégialité.
 
M. Drainville, qui n’a jamais réellement cru à la possibilité de réunir les « conditions gagnantes » d’ici l’élection d’octobre 2018, a cependant tout lieu de croire que M. Péladeau fait aussi partie de ce que Martine Ouellet a appelé le « clan du “on verra” » et qu’il serait tout disposé à reporter le référendum à un deuxième mandat. Encore faudra-t-il que le prochain congrès du PQ, qui aura théoriquement lieu avant l’élection, lui laisse une marge de manoeuvre suffisante.
 
Même dans sa nouvelle mouture, la charte de la laïcité de M. Drainville semble incompatible avec la position de M. Péladeau qui, à la surprise de plusieurs, s’est rallié aux recommandations du rapport Bouchard-Taylor. Il est vrai que sa pensée évolue parfois à une vitesse étonnante.
 
Dans l’esprit de M. Drainville, la clause d’appauvrissement zéro visant les employés de l’État était le corollaire du report du déficit zéro. Il est difficile de voir comment M. Péladeau peut accepter l’une tout en rejetant l’autre. D’autant plus qu’il a également écarté l’idée d’imposer plus lourdement les institutions financières, comme le proposait Martine Ouellet.
 
Sur la question du pétrole, les différences sont peut-être plus apparentes que réelles. M. Drainville pourrait expliquer à son collègue de Saint-Jérôme qu’on peut très bien promettre de faire du Québec la première économie sans pétrole en Amérique du Nord tout en tirant de son exploitation les revenus qui convaincront les Québécois d’opter pour l’indépendance. Le convertir aux bienfaits d’une modernisation des dispositions anti-briseurs de grève risque toutefois d’être plus ardu.
 

Même si l’issue de la course ne fait plus de doute, l’enthousiasme d’Alexandre Cloutier offrait un contraste saisissant avec l’air abattu de M. Drainville. Quoi qu’il en dise, il n’a sans doute jamais réellement cru à ses chances, mais il a réussi à impressionner bien des gens, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur du PQ.
 
Le malheur de M. Drainville était qu’il avait sensiblement les mêmes partisans que PKP, mais qu’il était seulement leur deuxième choix. M. Cloutier et, dans une moindre mesure, Mme Ouellet s’adressaient à une autre clientèle, plus jeune et plus progressiste. C’est pourquoi le député de Lac-Saint-Jean aura sans doute un rôle plus important à jouer dans l’avenir du PQ et du mouvement souverainiste en général.

Rectificatif

Dans ma chronique de mardi, j’ai écrit à tort que Jean-Jacques Bertrand avait succédé à Daniel Johnson sans être élu lors d’un congrès à la chefferie. En juin 1969, M. Bertrand l’a plutôt emporté avec 1325 voix contre 938 voix pour Jean-Guy Cardinal. Cela ne fait que renforcer la règle selon laquelle les partis politiques québécois de l’ère moderne ont toujours élu leur chef au premier tour.