mardi, avril 21, 2015

Le Cirque du Soleil vise la Chine

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21 avril 2015 | Caroline Montpetit - Avec Isabelle Paré et Éric Desrosiers | Actualités culturelles
Guy Laliberté a voulu «dédramatiser» l’arrivée d’intérêts étrangers au Cirque du Soleil en rappelant que les Américains possédaient des parts importantes dans des fleurons québécois comme Alimentation Couche-Tard, Bombardier et la brasserie Molson.
Photo: Jacques Nadeau
Le Devoir
Guy Laliberté a voulu «dédramatiser» l’arrivée d’intérêts étrangers au Cirque du Soleil en rappelant que les Américains possédaient des parts importantes dans des fleurons québécois comme Alimentation Couche-Tard, Bombardier et la brasserie Molson.
Le Cirque du Soleil souhaite doubler de taille, principalement en développant ses activités en Chine. C’est l’objectif de la vente de la majorité des actions du Cirque à l’entreprise américaine TPG et à l’entreprise chinoise Fosun.
 
Le cofondateur du Cirque du Soleil Guy Laliberté a en effet finalement annoncé lundi que 60 % des actions du Cirque du Soleil, qu’il a créé il y a plus de 30 ans, seront vendues à TPG et 20 % à Fosun. Fosun international est le plus grand conglomérat privé de Chine continentale. Son siège social est à Shanghaï. Les bureaux de TPG sont pour leur part à San Francisco. Guy Laliberté conservera 10 % des actions. Il avait notamment posé comme condition à la vente que le siège social du Cirque demeure à Montréal, ce qui semble avoir fait consensus parmi les investisseurs. Une autre tranche de 10 % des actions du Cirque sera désormais la propriété de la Caisse de dépôt. La valeur de la transaction oscillerait aux alentours de 1,5 milliard de dollars, ce que n’a pas voulu confirmer M. Laliberté.
 
Entrepreneuriat et famille
 
Lors d’une longue conférence de presse, Guy Laliberté a expliqué les raisons personnelles qui l’ont poussé à vendre « son » cirque, dont il détenait jusqu’à présent 90 % des actions. « Je ne crois pas à l’entrepreneuriat de seconde génération », a-t-il dit. Il a pourtant sondé ses cinq enfants, de 7 à 18 ans pour connaître leurs rêves d’avenir. Seule la plus jeune, de 7 ans, a émis le souhait de devenir clown un jour. Laliberté, qui souhaite développer des activités au moyen de sa fiducie familiale, Lune Rouge, continuera cependant à s’impliquer dans le volet création du cirque, aux côtés du nouveau directeur artistique, Jean-François Bouchard. Mitch Garber sera président du conseil d’administration du Cirque, dont Daniel Lamarre demeure président et directeur.
 
Réagissant aux critiques selon lesquelles le Cirque est vendu à des intérêts étrangers, Guy Laliberté a riposté qu’une entreprise comme Couche-Tard était détenue à 50 % par des intérêts américains, que Molson était détenue à 80 % par des Américains, et que Bombardier était détenue à 84 % par des Américains.
 
Répondant aux questions des médias sur l’impact de la vente sur le marché du travail au Québec, M. Lamarre a ajouté que les spectacles du Cirque du Soleil présentés à Las Vegas étaient montés au Québec, comme cela pourrait être le cas pour les spectacles qui seront présentés en Chine.
 
Pour Mitch Garber, il est clair que l’ADN du Cirque du Soleil est montréalais et va le demeurer.
 
Il y a déjà douze ans que le Cirque du Soleil tente de percer le marché chinois, sans succès. Il s’agit d’un marché complexe, reconnaît Daniel Lamarre, mais prometteur. En effet, les analystes prévoient, au cours des prochaines années, un boom de l’industrie du spectacle semblable à celui qui traverse présentement l’industrie chinoise du cinéma. On dit que 1000 cinémas et environ 5400 salles ont ouvert l’an dernier seulement en Chine, soit environ 15 nouvelles salles par jour.
 
Par ailleurs, récemment, le Cirque du Soleil annonçait son intention d’investir dans la production de séries télévisées, qui ne contiennent pas de cirque. Daniel Lamarre a confirmé lundi que TPG avait une expertise en télévision, notamment par la CAA, pour Creative Artists Agency. « Mais le Cirque va continuer de produire majoritairement des spectacles vivants », a-t-il dit.
 
À l’occasion d’une conférence qu’il donnait à l’assemblée générale du Conseil du Patronat du Québec, le premier ministre Philippe Couillard a applaudi à la transaction.
 
« J’ai parlé aux personnes clés, a-t-il dit. Et je l’ai fait au moment approprié. Mais ce que je veux d’abord dire sur la transaction, c’est féliciter M. Guy Laliberté. Quelle belle histoire! Quelle belle histoire d’artiste et d’entrepreneur. Saluez également le fait qu’il ait entendu le message du Québec et des Québécois et qu’il s’est impliqué lui-même dans les négociations pour faire en sorte que le siège social, les activités créatrices également demeurent à Montréal. Saluez la Caisse de dépôt qui a défendu très bien les intérêts du Québec dans cette transaction-là pour une organisation qui a le vent dans les voiles et, on a l’entendu ce matin, qui veut aller vers de nouveaux produits, de nouveaux marchés qui veut être en croissance. C’est une bonne nouvelle pour le Québec, notamment, que M. Laliberté et la direction demeurent fortement associés à l’organisation. »
 
Le ministre de l’Économie, Jacques Daoust, a considéré que la transaction est « une bonne nouvelle », parce que « l’activité du siège social, et l’activité créatrice restent ici ». M. Daoust s’est réjoui du fait que les nouveaux propriétaires du Cirque du Soleil nr soient pas des concurrents, car ils ont donc intérêt à préserver l’intégrité de l’entreprise initiale. Dans cet ordre d’idées, Guy Laliberté a mentionné qu’il avait rejeté notamment une offre du cirque Barnum and Bailey.

17 offres d’achat
 
En tout, 94 groupes ont été pressentis par le Cirque dans cette transaction : 46 se sont dits intéressés, 17 ont fait des offres, et un seul a été choisi, vendredi matin dernier, après dix jours et demi de négociations. « Nous avons envoyé cette invitation à tous les groupes québécois et canadiens », a expliqué Guy Laliberté. En cours de démarche, ils ont rencontré le gouvernement du Québec et la Caisse de dépôt, qui a signé l’entente dimanche.
 
De son côté, Guy Laliberté continuera à s’intéresser au développement du Cirque, mais caresse d’autres projets pour l’avenir. Selon certaines informations, il compte développer des concepts de rites funéraires, via une entreprise nommée Pangéa, qui relève de la fiducie familiale Lune Rouge. Il n’a pas voulu confirmer ces informations.
 
Parmi les employés du cirque, à l’interne, après des semaines d’inquiétude quant à l’issue des transactions, le mot d’ordre était plutôt au silence.
 
Maintenant aux mains d’entreprises étrangères, le cirque saura-t-il garder vraiment son esprit ? Des entités comme la TOHU et l’École nationale du Cirque sont intimement liées au Cirque du Soleil. « Seul le temps dira si l’âme du Cirque du Soleil demeurera, puisque le Québec n’aura plus de position majoritaire au sein de l’entreprise. Ce qui est clair, c’est que des investisseurs financiers vont exiger des résultats financiers. Mais il semble que les programmes sociaux et culturels seront maintenus, et cela est majeur », a commenté une ex-figure majeure du CDS, qui a demandé l’anonymat.