mardi, avril 21, 2015

Le bâillon

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La thérapie conjugale
PHOTO FOTOLIA
Richard Martineau
«Ginette, tu me dis souvent que je prends des décisions sans te consulter, que je n’en fais qu’à ma tête, que je me fous complètement de ce que tu penses et que j’agis comme si je vivais seul dans la maison...
– C’est vrai.
– Eh bien, mon amour, j’ai une bonne nouvelle pour toi: j’ai décidé de changer! À partir d’aujourd’hui, je vais te consulter avant de prendre la moindre décision!
– C’est vrai?
– J’te l’dis comme j’suis là! Y a plus un sou qui va être dépensé dans cette maison sans que tu ne l’aies approuvé... On va faire les choses ensemble, mon lapin!
– (En murmurant) Y était temps !
– Quoi ?
– Rien, je disais que j’étais contente...
– Parfait! Et pour te prouver ma bonne foi, je commence tout de suite: voilà une liste de 330 tâches que je voudrais accomplir en fin de semaine. J’aimerais ça que tu passes au travers et que tu me dises ce que tu en penses...
– 330? Tu ne trouves pas que c’est un peu beaucoup?
– C’est le printemps, mon amour! Faut profiter du beau temps et des ventes de saison. Si on ne les fait pas tout de suite, on ne le fera jamais. (Il lui tend un document épais comme un bottin téléphonique). Tiens, v’là ma liste, lis-la attentivement et reviens-moi avec tes notes et tes suggestions...
– Tu me donnes combien de temps pour faire ça?
– Tout le temps que ça te prendra, mon amour... J’suis pas pressé, je veux que les choses se fassent correctement.»
Quatre heures plus tard, le bonhomme revient.
«Pis?
– Pis quoi?
– Qu’est-ce que t’en penses?
– Ben laisse-moi le temps de lire ta liste, bâtard, j’suis rendue à la tâche numéro 25!
– Comment ça, 25?
– Gérard, c’est écrit en tout petit! T’as mis les prix de tous les objets qu’il faut acheter, les boulons, les vis, les fils, les crochets, les ampoules, les clous... Ça se fait pas en criant ciseaux, faut que je regarde ça, que je compare, que je calcule!
– Comment ça, calculer? J’ai fait tous les calculs, t’as pas besoin de repasser par-dessus moi!
– Faut que je voie si on a l’argent pour tout faire, si on ne peut pas reporter certaines affaires...
– J’ai déjà pensé à tout ça! Tu ne me fais pas confiance? Tu trouves que j’suis un cabochon, c’est ça?
– C’est pas ça, Gérard, mais tu veux me consulter ou pas?
– Je veux te consulter, mais dépêche-toi, simonac! Les magasins ferment à 6 h! T’es là pis tu brettes sur chaque maudit mot, chaque maudit chiffre... Accou­che qu’on baptise, calvinse!
– Donne-moi le reste de la soirée pour regarder ça, tu iras au magasin demain matin, c’est pas urgent...
– Non, c’est tout de suite ou rien! (Il lui enlève le document des mains) C’est tout l’temps la même maudite affaire, avec toi. Faut toujours que tu me mettes des bâtons dans les roues! Tu peux pas juste me dire «C’est super, minou»? La prochaine fois, je déciderai tout seul!»