vendredi, avril 10, 2015

GRÈVE ÉTUDIANTE L’UQAM choisit la ligne dure

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Le ministre François Blais offre tout son soutien au recteur Robert Proulx


10 avril 2015 |Philippe Orfali | Éducation
En soirée, des étudiants de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM ont tenu une veillée aux chandelles pour montrer leur désaccord quant au grabuge effectué dans l’institution la veille.
Photo: Annik MH De Carufel
 Le Devoir

En soirée, des étudiants de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM ont tenu une veillée aux chandelles pour montrer leur désaccord quant au grabuge effectué dans l’institution la veille.

Après les saccages et multiples arrestations survenus la veille au pavillon J.-A.-DeSève, l’Université du Québec à Montréal tentait de recoller les morceaux, jeudi, tant bien que mal. Mais une chose est sûre : devant les appels à la démission qui se multiplient, le recteur Robert Proulx n’a pas l’intention de fléchir.

Réveil brutal, jeudi matin, pour des milliers d’étudiants de l’UQAM. L’escalade des événements, la veille, avait culminé avec l’occupation pendant toute la soirée — et le vandalisme — du pavillon DeSève, situé à l’angle Sainte-Catherine et Sanguinet, avant que la police n’intervienne peu après minuit, pour la troisième fois en moins de 24 heures à l’UQAM.

Au lendemain de ces incidents, un collectif formé de professeurs et d’étudiants a réclamé la démission pure et simple du recteur Robert Proulx, furieux de la « dérive sécuritaire » de la direction de l’établissement. Ces représentants de professeurs, de chargés de cours et d’étudiants membres de l’Association pour une solidarité sociale étudiante (ASSE) ont exigé en choeur le départ immédiat de M. Proulx, qu’ils ont accusé de jouer au « pompier pyromane » avec sa gestion de la grève étudiante déclenchée au cours des dernières semaines. C’est la décision de la direction de faire appel au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) au sein des édifices de l’UQAM qui a mis le feu aux poudres, ont-ils soutenu.

« Il est clair que le recteur a failli à sa mission, a déclaré le professeur de sociologie Marcos Ancelovici. La seule chose responsable qu’il lui reste à faire est de démissionner. » La veille, en fin de journée, un groupe de professeurs et lui avaient tenté, au cours d’une rencontre houleuse, de trouver des solutions à la crise avec le recteur et deux de ses adjoints.

Débat sur le droit de grève

Le collectif a de plus demandé à l’UQAM de reconnaître le droit de grève des étudiants en ne demandant pas le renouvellement de l’injonction temporaire, qui arrive à échéance lundi, et qui vise à forcer la tenue des cours. Cette injonction n’a pas permis de rétablir le calme, bien au contraire, ont-ils souligné. Ils n’ont pas manqué de rappeler que Robert Proulx lui-même avait demandé au gouvernement libéral de Philippe Couillard de légiférer en matière de droit de grève des étudiants.

Au moment de faire le point sur la crise à l’UQAM, au cours d’une conférence de presse à Québec, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, François Blais, a complètement exclu cette possibilité. « Je ne sais pas sur quoi vous voulez qu’on légifère, mais je vous rappelle simplement que nous ne croyons pas à ce droit-là », a dit le ministre.

L’ex-doyen de l’Université Laval a donné son appui « entier » au recteur de l’UQAM quant à ces « personnes qui rentrent cagoulées et qui terrorisent une institution ».

Celui qui avait proposé aux recteurs d’expulser de « deux à trois » étudiants par jour pour calmer le jeu a jugé que le recteur de l’UQAM y était « allé de manière très graduelle » au cours des dernières semaines. La venue des policiers — et les 27 arrestations qui ont eu lieu pendant la journée et la soirée de mercredi — était « le geste qui s’imposait pour faire respecter les règles qui régissent une société de droit ». Rappelons que le recteur Proulx a également entrepris des démarches visant à expulser ou suspendre neuf étudiants, en plus de faire appel à une firme de sécurité externe et d’avoir obtenu l’injonction de dix jours.

Il a précisé que Québec n’interviendrait pas directement dans les affaires de l’UQAM, à la demande du recteur Proulx, si ce n’est que pour lui offrir son « appui entier ». Robert Proulx a toute la légitimité nécessaire pour accomplir son travail, a soutenu M. Blais.

Québec ne paiera pas un iota si l’UQAM en venait à prolonger sa session, a-t-il ajouté.

Le chef par intérim du Parti québécois, Stéphane Bédard, a lui aussi demandé la« reconnaissance de la démocratie étudiante », et ce, bien que le PQ se soit toujours opposé à toute forme de droit de grève pour les étudiants alors qu’il était au pouvoir. « La violence est toujours inacceptable. Les gestes répréhensibles des commandos de manifestants masqués et cagoulés, dirigés contre des personnes et des biens, doivent être dénoncés,[mais] les étudiants peuvent légitimement s’opposer à l’austérité », a estimé le chef de l’opposition.

Dommages considérables

Entre-temps, au pavillon J.-A.-DeSève, le personnel de l’UQAM était à pied d’oeuvre afin d’évaluer et réparer les dommages. Le bâtiment situé à l’angle des rues Sanguinet et Sainte-Catherine était fermé pour la journée, forçant par le fait même l’annulation de plusieurs dizaines de cours.

Dès le début de la matinée, des employés des services des immeubles et de l’équipement ont entamé l’évaluation des dommages. « Nous n’avons pas encore de chiffre pour évaluer les dommages. Mais ce sont des dommages qui sont très importants », a dit la porte-parole de l’UQAM, Jenny Desrochers. « Le comptoir de l’aide financière [où ont pénétré par la force des vandales], où les étudiants peuvent faire des demandes de bourse, c’est carrément sinistré. » Caméras de surveillance, mobilier, machines distributrices ont également été endommagés ou détruits, alors que les graffitis se comptent par dizaines sur les murs. Et de nombreuses portes et fenêtres ont été brisées ou endommagées par des manifestants masqués.

Le pavillon DS sera « partiellement » rouvert vendredi, a indiqué l’établissement en soirée. Certains cours ont toutefois été déplacés. Les professeurs et étudiants en ont été avisés par courriel ou le seront par une affiche sur la porte de leur local de cours habituel. Certains services localisés dans le pavillon DS seront également fermés pour la journée.