mercredi, avril 22, 2015

Alain Gravel aura le micro matinal du 95,1 FM

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22 avril 2015 |Stéphane Baillargeon | Médias
Alain Gravel a travaillé à la radio pendant une dizaine d'années, notamment à CKAC, au début de sa carrière.
Ce n’est pas trop tôt, mais c’est tôt : le journaliste Alain Gravel est annoncé comme remplaçant de Marie-France Bazzo aux commandes de l’émission matinale de la première chaîne radio moins d’un mois après le départ fracassant de l’animatrice vedette.
 
M. Gravel entrera en fonction au micro de C’est pas trop tôt (qui changera peut-être d’appellation) à la fin de l’été, le 24 août. Il quittera l’animation de son émission Enquête à la télé.
 
« Ça peut jurer un peu de voir Alain Gravel, à l’air austère, parfois méchant, devenir morning mandit de lui-même le journaliste animateur, présenté aux médias mardi matin, dans la tour de Radio-Canada (RC). C’est une fonction pour laquelle j’ai un très grand respect, ayant travaillé pendant une dizaine d’années à la radio [notamment à CKAC]. Il n’y a que[quelques mots] pour décrire ce que je ressens : je suis très content, mais vraiment content. Je sors de ma zone de confort. J’ai l’impression de me lancer dans une nouvelle aventure. J’ai l’impression d’être ce matin comme un petit cul de vingt ans, quand j’ai commencé à faire de la radio à Québec, de me lancer dans une aventure sans filet et captivante. »

Jeunes/vieux
 
Parlons-en. Toute affirmation est en même temps une négation. En choisissant M. Gravel, nonobstant ses immenses et indéniables talents, RC rajoute un quinquagénaire à l’antenne. Par contraste, Joël Le Bigot avait 31 ans quand il a pris le micro de l’émission matinale en 1977. CBC Radio One vient de confier son émission phare Q au rappeur Shad, né en 1982.
 
La direction a-t-elle envisagé d’aller de ce côté régénérateur ? « L’âge n’est pas un facteur », répond au Devoir Patricia Pleszczynska, directrice générale d’ICI Radio-Canada Première. Elle cite l’exemple de Jean-Philippe Wauthier, trentenaire maintenant à la barre des émissions radiophoniques du retour à la maison du week-end. « Quand une personne se présente à nous pour l’animation, avec tout ce qu’il faut, qu’elle soit de 30 ans ou de 50 ans n’importe pas. L’âge n’est pas un facteur, ni d’être plus jeune, ni d’être plus vieux. »
 
La recrue Gravel n’a pas passé d’audition ni de test. « Mais nous avons eu plusieurs conversations avec beaucoup de personnes », dit la directrice. Impossible de savoir si Annie Desrochers, animatrice par intérim de C’est pas trop tôt, a été pressentie.
 
L’axe de l’information
 
Le choix du reporter d’enquête signale aussi une volonté évidente de poursuivre dans le virage axé sur l’information amorcé sous Marie-France Bazzo en 2013, après les quelque seize ans de micro de René Homier-Roy. Alain Gravel en est bien conscient tout en s’inscrivant dans une continuité. Il « respecte beaucoup » l’équipe en place. Il entend tout de même insuffler de lui-même dans la production phare.
 
« Évidemment, je suis journaliste avant tout. Si on m’a choisi, je pense que c’est pour livrer le message de l’importance d’avoir un journaliste en place. Mais si on m’a choisi, c’est aussi parce que mes patrons ont découvert que je pouvais être autre chose qu’un animateur dans un champ austère. J’aime le sport, la culture, le cinéma, la bouffe, le vin et j’ai trois enfants. »
 
Il n’est même pas certain que l’émission va changer de nom. En tout cas, son nouveau titulaire n’a aucune idée ou exigence à ce sujet. « Il y a une orientation plus nouvelle et là-dedans je vais trouver mon ton. »

Avant/après
 
Alain Gravel a lui-même fait part de son intérêt pour une réorientation de carrière à la direction. « Je commençais à penser à autre chose il y a deux ans. Ce n’est pas évident de quitter une émission comme Enquête ni de se mettre cette idée en tête. J’ai rencontré mes parents à l’info pour leur dire que j’étais prêt pour un nouveau défi. Quand on discutait, moi, dans ma tête, je me disais qu’à RC, s’il y avait une émission que je voulais faire, plus que les nouvelles, c’était celle du matin à la radio. Mais tout était ouvert et on discutait de façon molle. »
 
Son départ d’Enquête semble marquer la fin d’une époque faste et glorieuse pour l’émission qui a largement contribué à étaler les problèmes de corruptions dans l’industrie de la construction au Québec. La commission d’enquête dirigée par la juge Charbonneau remettra son rapport à la mi-novembre.
 
« Ce serait prétentieux de dire qu’une époque se referme, dit le reporter fouineur. Je ne pense pas que l’enquête journalistique va diminuer. Je pense que la direction a fermement l’intention de garder Enquête solide comme émission. Il y a moins de scandales de collusion. Il y a mille et un autres sujets sur lesquels on peut mener des enquêtes. »
 
En prenant les commandes matinales il y a deux ans, Marie-France Bazzo avait dit qu’elle se fixait comme objectif de « battre » Paul Arcand du 98,5 FM, roi des ondes matinales montréalaises avec un petit tiers des parts de marché. Quand un collègue lui a demandé combien de temps il se donnait pour y arriver à son tour, toute la salle a rigolé, Alain Gravel le premier.
 
« Je ne tomberai pas dans ce piège-là, a-t-il dit. Tout ce que je peux vous dire c’est que je veux avoir du plaisir et que ça marche. Je vais travailler fort pour que ça marche. »